Un texte de Gaea Schoeters (06/10/2026)

 

La Belgique est petite

 

mais là réside justement notre force, celle qui nous confère la liberté de sortir des sentiers battus et d’être un guide pour les autres pays européens. Jouons donc pleinement ce rôle.

De nombreuses propositions de loi envisageables me traversent l’esprit. En effet, ne serait-il pas possible, à l’heure actuelle, d’améliorer bien des choses ? Cela étant admis, il convient d’opter pour des mesures drastiques pouvant avoir un impact dans plusieurs domaines à la fois. D’où ma proposition quelque peu radicale.

 

GAEA1.jpgIntroduisons donc une loi qui impose l’égalité entre les hommes et les femmes dans chaque institution étatique, chaque emploi public et chaque entreprise opérant dans notre pays. À tous les niveaux, dans toutes les fonctions. En suivant la règle 50% +1 – cette minuscule majorité de femmes se justifiant en tant que rééquilibrage par rapport à des siècles d’inégalité. Les postes de direction unique (PDG, intendants, etc.) doivent être remplacés par un tandem homme/femme (afin de permettre tant aux femmes qu’aux hommes ambitieux de mieux concilier vie professionnelle et vie privée - donner aux hommes la possibilité de se développer sur le plan personnel et le plan social peut également avoir des effets intéressants) ; il convient de toute façon d’encourager les emplois en duo et le travail à temps partiel. Tous les autres postes, à quelque niveau que ce soit, se doivent d’être pourvus en fonction de ce même ratio. Cela suppose également de rééquilibrer les choses dans les secteurs où les hommes sont sous-représentés (enseignement, soins, etc.), au besoin en rendant les conditions de travail plus attrayantes, tout comme dans les branches où les femmes sont sous-représentées, en particulier dans les postes à responsabilité (universités, services de sécurité, politique…).

 

Bien entendu, pour soutenir structurellement ce changement, on ne peut se dispenser de tenir compte du contexte social dans son ensemble. Il s’agit donc de remplacer la moitié des noms de rue et des statues par des pendants féminins ; dans l’enseignement, la moitié des voix qui se font entendre doivent venir de femmes : philosophes, scientifiques, économistes, écrivaines… Cela revient à introduire un mode de pensée différent, non patriarcal – ceci systématiquement et de manière équitable –, à côté des voix dominantes. Et à mieux adapter conditions de travail, soins médicaux, infrastructures, etc. aux deux sexes afin de favoriser une réelle égalité des chances. Je suis curieuse de voir quels seront, à long terme, les projets de loi et les changements qui en résulteront.

 

GAEA2.jpgEt puisque nous parlons d’enseignement : faisons aussi de nos langues nationales un atout. Pourquoi ne pas s’investir pleinement dans une identité culturelle belge et, au-delà des différences historiques, opter pour une citoyenneté polyphonique et multilingue, propre à la nouvelle réalité d’un monde globalisé et international ? En commençant par une proposition très concrète : que chaque livre publié en Belgique paraisse, par principe, dans les trois langues nationales, afin qu’au lieu de rester culturellement dos à dos, nous apprenions à nous connaître et devenions des citoyens européens polyglottes. Préservons ce multilinguisme pour que tout ne soit pas absorbé par une culture de pensée anglo-saxonne et une version médiocre de l’anglais.

 

Et puisque la littérature est de toute façon essentielle (ceux qui lisent plus gagnent plus ; ceux qui sont meilleurs en compréhension écrite sont aussi meilleurs dans d’autres matières et ont donc plus de perspectives d’avenir…) : consacrons au moins deux heures hebdomadaires à la fiction dans l’enseignement, de la maternelle à l’université. En plus d’être d’une importance vitale pour que chacun s’élargisse les idées et développe un réel sens de l’empathie, la littérature est en outre une forme de lutte contre la pauvreté, une mesure de bien-être et une balise sécuritaire pour la démocratie. Aussi demandons à chaque enseignant, quelle que soit sa discipline, de poser le livre qu’il est en train de lire sur son bureau alors qu’il est devant ses élèves, afin que les livres fassent à nouveau partie de la réalité quotidienne – et que les enseignants se remettent eux aussi à lire davantage, car c’est là que tout commence. Sans le don de la langue, nous ne pouvons pas communiquer les uns avec les autres, nous ne pourrions pas même avoir cette conversation.

 

texte prononcé dans le cadre du Parlement des écrivains

Bruxelles, 12 juin 2025 

 

traduit du néerlandais par Daniel Cunin

 

 

De l'autrice flamande Gaea Schoeters, on peut lire en traduction française le roman Le Trophée.

 

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