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  • HADEWIJCH, une inconnue

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    Comme bien peu de documents fournissent en français un exposé fiable sur l'écrivain mystique du XIIIe siècle Hadewijch, dont les textes font partie des plus anciens connus en moyen néerlandais, nous proposons un premier point sur cette figure hors du commun

     

     

    HADEWIJCH (dite d'Anvers),

    née au cours de la 1ère moitié du XIIIe siècle

     

    Quelques recoupements opérés sur la base de rares mentions manuscrites - telle De B(eata) Hadewige de Antwerpia - ont permis d'attribuer 4 textes rédigés en brabançon (l'un des dialectes « thiois » ou moyen néerlandais) à cette femme que l'on a coutume, aux Pays-Bas et en Flandre, d'appeler tout simplement Hadewijch. Aucun document n'a été retrouvé qui permettrait de mieux situer cette figure dans le temps et l'espace ; on s'accorde en général à voir en elle une représentante majeure et extrêmement cultivée du premier mouvement béguinal.

     

    couvVisionsHad.jpg

    éd. Imme Dros - Frank Willaert, 1996

     

    Les 14 Visions, 45 Poèmes Strophiques, 31 Lettres et 16 Lettres à rimes plates font partie - à côté des Sept manières d'aimer saintement de la moniale cistercienne Béatrice de Nazareth (1200-1268) - des plus anciens textes de la littérature moyen néerlandaise. La poésie d'une rare virtuosité de Hadewijch - qui est aussi la plus ancienne poésie mystique de langue vernaculaire occidentale connue - ainsi que sa pratique de plusieurs genres littéraires font d'elle un auteur hors du commun. Le raffinement de sa langue, le jeu complexe et paradoxal que proposent ses écrits entre forme et fond - sans doute ceux-ci étaient-ils beaucoup moins sibyllins pour les contemporains de la poétesse qu'ils ne le sont pour nous - ainsi que l'absence d'un exposé synthétique de sa pensée compliquent énormément une saisie conceptuelle de celle-ci. À l'image de l'expérience de la Minne (l'Amour) et de l'union fruitive avec l'Homme-Dieu et le Dieu trine que vit Hadewijch, ses écrits paraissent être plutôt faits pour agir sur le lecteur que pour être totalement appréhendés par l'esprit herméneutique. Les liens intimes qu'entretiennent ces vers et cette prose avec la musique, la liturgie et les traditions poétiques de l'époque ne font que renforcer leur beauté et leur singularité.

    L'influence de Hadewijch sur la mystique brabançonne (par exemple Ruusbroec) est certaine ; on parle d'École de Hadewijch (et non pas d'une Hadewijch II, personnage purement fantomatique) pour situer des textes qui s'inscrivent dans son lignage spirituel (Mélanges poétiques 17-29, Traité hybride, etc.). Il reste encore au médiéviste à déterminer la mesure dans laquelle ces différents écrits et ceux attribués à Hadewijch ont pu influer sur les auteurs rhénans.  (Daniel Cunin)

     

    Éditions donnant l'intégralité des textes de Hadewijch

    (plus certains textes de l'École de Hadewijch)

     

    HadewijchMIneIsal.jpgDe Visioenen van Hadewych, opnieuw uitgegeven door J. Van Mierlo, 2 vol., De Vlaamsche Boekenhalle, Leuven-Gent-Mechelen, 1924-1925 [Leuvense studiën en tekstuitgaven 10 & 11].

    Strophische Gedichten, opnieuw uitgegeven door J. Van Mierlo, 2 vol., Standaard-Boekhandel, Antwerpen-Brussel-Gent-Leuven, 1942 [Leuvense studiën en tekstuitgaven 13].

    Brieven, uitgegeven door J. Van Mierlo, 2 vol., Standaard-Boekhandel, Antwerpen-Brussel-Gent-Leuven, 1947 [Leuvense studiën en tekstuitgaven 14].

    Mengeldichten, opnieuw uitgegeven door J. Van Mierlo, Standaard-Boekhandel, Antwerpen-Brussel-Gent-Leuven, 1952 [Leuvense studiën en tekstuitgaven, 15].

    couverture d'un ouvrage de Frans van Bladel, contenant des traductions en néerlandais moderne de passages de Lettres, Chants et Visions de Hadewijch, 1 CD et de magnifiques illustrations

    (Davidsfonds, Louvain, 2002)

      

    Une nouvelle édition de référence du texte original des Poèmes vient de paraître avec une traduction en néerlandais moderne et 4 CD

    HadewijchDisque.jpg

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  • Une gloire de la Flandre

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    Le traducteur Charles Grolleau

    à propos de Guido Gezelle

     

     

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    Guido Gezelle 

     

    S’il fut « un parfait écrivain, un rare poète, un grand chrétien » (1), Charles Grolleau (1867-1940) se distingua aussi en étant éditeur de J.-K. Huysmans et, essentiellement par nécessité financière, un traducteur prolifique (Chesterton, Blake, Wilde, Omar Khayyam, Sienkiewicz…). Tant sa poésie que ses traductions recueillirent les éloges, par exemple sous la plume du jeune critique Louis Thomas dans l’Art Moderne du 28 octobre 1906 :

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    Charles Grolleau ne lisait pas le néerlandais. Toutefois, il a ramené d’un séjour en Flandre un petit ouvrage consacré au plus grand poète flamand du XIXe siècle, Guido Gezelle : Une gloire de la Flandre. Guido Gezelle. Prêtre et poète (1830-1899) a paru en 1917 dans la collection « Bellum » chez Georges Crès. L’étude de Grolleau, dédiée à dom Bruno d’Estrée o.s.b., est suivie d’un choix de poèmes empruntés aux Poèmes choisis (1858-1899), traduits du flamand par Émile Cammaerts et Charles Van den Borren, Louvain, Charles Peeters, 1908. Grolleau reprend les mots de ces passeurs : « Guido Gezelle n’est pas un poète local, un Défrécheux brugeois, un “Mistral du Nord”. Sa langue participe davantage du néerlandais littéraire que du patois flamand. Il n’a pas tenté de fixer par l’écriture une tradition orale ; il a infusé le sang jeune de locutions parlées dans le corps anémié d’une écriture conventionnelle. Il a restauré à l’aide du patois qui en avait conservé l’empreinte, la langue littéraire médiévale. […] Ce n’est pas un artiste isolé, c’est un des grands maîtres – le plus grand peut-être, à l’époque moderne – des lettres néerlandaises. »

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    Puis il ajoute lui-même : « Que ne donnerions-nous pas pour entendre ce que la nature nous dirait par la bouche d’un saint ? Elle a parlé souvent et saint Bernard et saint François d’Assise et saint François de Sales et des milliers dont nous connaissons quelques-uns et des milliers que nous ne connaîtrons jamais ont redit de ses paroles, mais souvent, chez eux, la poésie n’était que la servante d’une haute et puissante maîtresse : la sainte Théologie, et c’est la poésie toujours servante peut-être mais parlant d’elle-même et de son commerce direct avec tous les reflets de Dieu, c’est le chant spontané d’une âme sainte que nous demandons avec les cris de la soif et de la faim. Eh bien ! cette poésie-là, nous l’avons par Guido Gezelle. Jamais âme plus mélodieuse, anima plena modulatione, comme dit l’Imitation, ne nous aura parlé ainsi du Dieu qu’elle adorait, de l’œuvre des six jours gardant pour les seuls yeux de ceux qui prient la trace lumineuse des mains paternelles. Et tous ceux qui ont connu l’humble vicaire de Courtrai et tous ceux qui ne connaissent que son œuvre ont, sans toucher imprudemment au trésor que cache le mot de sainteté, prononcé le nom de “saint” en parlant de Gezelle. »

    La nécrologie rédigée par L. Lefebvre nous apprend que, le 15 juin 1940, Charles Grolleau « fuyait, en automobile ; au cours de cet exode, surpris par un bombardement, son cœur fragile n’a pas pu résister : il s’est effondré mort, sans un mot, dans les bras de sa femme, l’admirable compagne de sa vie et de sa pensée […]. On l’a enterré dans un village déjà évacué, sans cercueil, sans prêtre. »

     

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    (1) Ce sont les termes employés par Lefebvre dans la nécrologie qu’il consacre à son ami près de six mois après le décès de ce dernier (La Croix, 8 décembre 1940). Il n’est pas inutile de relever que Grolleau a collaboré à la célèbre Histoire littéraire du sentiment religieux en France de H. Brémond.

     

     

     

     

    Guido Gezelle en néerlandais

    http://www.gezelle.be/

    http://users.belgacom.net/merton/indexgg.htm

    http://www.dbnl.org/auteurs/auteur.php?id=geze002

     

    deux biographies récentes sur Guido Gezelle

    C. D’haen, De wonde in ’t hert: Guido Gezelle: een dichtersbiografie, Tielt, Lannoo, 1987.

    M. Van Der Plas, Mijnheer Gezelle: biografie van een priester-dichter (1830-1899), Tielt/Baarn,  Lannoo/Anthos, 1990.

     

     

    vidéo Guido Gezelle & Paul van Ostaijen réunis