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hafid bouazza

  • Ardeur rabelaisienne

     

    Les mains d'Hafid Bouazza

     

     

    Le petit Hafid grandit à Oujda où il est né le 8 mars puis à Bertollo, un village proche de la frontière algérienne. À l’âge de 7 ans, il suit ses parents et frères et sœurs (6 au total) aux Pays-Bas. Le néerlandais est la première langue qu’il apprend à lire et à écrire. Sa première nouvelle, il l’écrit avant même l'adolescence. Analphabète, sa mère algérienne pousse ses enfants à étudier. Grand lecteur (Nabokov et Rabelais font partie de ses auteurs de prédilection), Hafid fait des études d’arabe à l’Université d'Amsterdam. Considéré comme l’auteur d’origine étrangère le plus talentueux des Pays-Bas, il est tout simplement l’un des écrivains de langue néerlandaise les plus brillants. Il n’est absolument pas question dans son œuvre de conflit entre deux cultures, entre deux langues, mais de la manière dont procèdent mémoire et imaginaire. Ce qu’il expose dans son essai autobiographique Un ours en manteau de fourrure (2001), en parlant de lui-même à la troisième personne : « Ce que l’on a tendance à oublier en lisant les histoires que son imagination situe au Maroc, c’est que celles-ci ne se sont pas manifestées dans le pays d’origine, mais dans le pays où il vit. Elles ne révèlent rien sur le pays d’origine, mais exposent tout sur son imaginaire et la façon dont celui-ci procède. » Mélomane et amateur de B.D., Hafid Bouazza s’est senti obligé ces dernières années de prendre position sur des questions de société. Il a publié des papiers dans les grands quotidiens néerlandais pour dénoncer en particulier l’attitude conciliante et bon enfant des autorités néerlandaises à l’égard des musulmans radicaux. Dans un de ses articles, il lance un appel aux femmes d’origine musulmane pour se défaire du joug patriarcal et de la domination exercée par les frères aînés. Le livre qui l'a révélé dans son pays est disponible en français : Les Pieds d'Abdullah (Le Reflet, 2003).           (D.C.)

     

     

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    UN EXTRAIT

     

    C’était le lupanar où, musard nonchalant qui suivait ses doigts fraîchement manucuré, j’avais, emburelucocqué, effectué maintes visites – toujours en compagnie du petit Sibawayh. Tout au fond de la cour intérieure de ce bordel, devant les latrines très fréquentées, il y avait un deuxième tonneau-citerne. Dans un autre angle, un troisième. Ils semblaient avoir pris à leur compte la tâche de chien de garde. L’hôte lui-même (corpulent, irréprochablement vêtu, un chapelet dans ses mains exigeantes) avait et la forme et la taille d’un tonneau.

    Dans mes souvenirs, des images de ce lupanar défilent en une mascarade : froufroutements, postères miroitants, mollets fins. Mon nez habitueux, ma gorge sèche. Une raie des fesses souillée. Mes spasmes rythmés dans la houle obscure…

     

    LA PRESSE

     

    « En huit histoires liées entre elles, Bouazza raconte à sa manière, tragi-comique, inventive et débridée, la décadence et la folie qui s’emparent d’un village du royaume chérifien. Voici les imams ivres et débauchés qui appellent à la vertu, les djinns traqués dans les puits, les anciens qui meurent tour à tour, les adolescents frustrés et les femmes lascives, la sainte cause qui tue et les mouches qui dansent. Jouant avec la langue et la tradition, Bouazza est allé puiser dans le néerlandais baroque d'autrefois. » (L’Express)

    « Il suffit de gratter la carapace chaste des patriarches du village pour constater que leur faire contredit leur dire. Portées sur le sexe, leHafidBouazza MetHanden.jpgs femmes utilisent concombres et aubergines comme godemiché. Dès qu’ils quittent l’école coranique, espace du sacré (haram), les enfants basculent dans celui du délit (l’hram). Dans cet ensemble, Hafid Bouazza capte avec délice les excentricités du petit peuple et en fait un cocktail explosif d’hilarité. Il y a une ardeur rabelaisienne qui ne cesse de traverser l’écriture de Bouazza, qui réussit dans ses différents récits à dresser pour le bonheur du lecteur un véritable théâtre où le burlesque le dispute à la cruauté. » (Maati Kabbal)

    « L’immigration racontée par le corps pourrait servir de présentation à l’admirable recueil de Hafid Bouazza si l’on n’avait pas d’emblée conscience que sa qualité principale, hautement rendue par celle de la traduction, dépassait ce “résumé”. Bien au-delà, c’est un sort que le jeune écrivain a jeté au néerlandais. Arrivé du Maroc aux Pays-Bas dans sa toute petite enfance, Hafid Bouazza a grandi dans la langue littéraire des écrivains du passé. Les nouvelles de son recueil Les Pieds d'Abdullah, reliées par le thème de l’initiation sexuelle d’un jeune garçon dans une culture étouffée par l’Islam, est une merveille littéraire, entre réel et surnaturel, une parodie de confession honteuse, qui “secoue” autant par le baroque de l’écriture que par la provocation des thèmes. Ce livre fourmille de mots insolites, de trouvailles fabuleuses pêchées dans les époques désertées de la langue qu’il emploie. » (Valérie Marin La Meslée, Le Magazine littéraire)

     

     

    Hafid Bouzza en français

    Les pieds d'Abdullah, traduit du néerlandais par Daniel Cunin, Le Reflet, 2003.

    « Archiviste », Po&sie, n° 103, 2003.

    Désirée Schyns, « Atterri dans la langue néerlandaise sur tapis volant : Hafid Bouazza », Septentrion, n° 3, 2004, p. 176-178.

    « Hafid Bouazza. Amsterdam, 25 avril 2003 », entretien de Dominique Caubet avec l’auteur, in Dominique Caubet, Shouf shouf Hollanda ! Des artistes maroco-hollandais sur la scène culturelle néerlandaise, Tarik, Casablanca, 2005.

    Dans son Dictionnaire des écrivains marocains (2005), Salim Jay consacre quelques belles pages à Hafid Bouazza et aux Pieds d’Abdullah (p. 108-111).

    « Petit traité de sexologie - Kama-sourates »

     

    Œuvres

     

    De voeten van Abdullah, 1996 (Les Pieds d'Abdullah, roman sous forme de nouvelles, traduit du néerlandais par Daniel Cunin, Le Reflet, 2003).

    Momo, roman, 1998.

    Apollien (Apolline), théâtre, 1998.

    Salomon, roman, 2001.

    Een beer in bontjas (Un ours en manteau de fourrure), essai, 2001 (éd. revue et augmentée en 2004).

    De slachting in Paris, théâtre (d’après The massacre at Paris de Christopher Marlowe), 2001.

    Het monster met de twee ruggen : een kameropera (Le Monstre à deux dos, livret d’un opéra, bilingue néerlandais-anglais), 2003.

    Paravion (Par avion), roman, 2003.

    De vierde gongslag (Le Quatrième coup de gong, recueil d’essais sur des opéras de Wagner, Janácek et Puccini, avec CD, 2006).

    Spotvogel, (L'Oiseau moqueur), roman, 2009.

    CouvOptimaBouazza.jpgHafid Bouazza, dont la plupart des œuvres sont publiées à Amsterdam par les éditions Prometheus, a par ailleurs donné une traduction d'Othello (2003) et de La Mégère apprivoisée (2005) de Shakespaere et a publié quatre anthologies de poésie arabe classique en traduction néerlandaise : Schoon in elk oog is wat het bemint (les plus beaux poèmes d’amour, 2000 et édition revue et augmentée en 2006), Rond voor rond of als een pikhouweel (les plus beaux poèmes érotiques, 2002), De zon kussen op dit nachtuur (anthologie de poèmes de Abdullah ibn al-Mu’tazz, 2006) et Om wat er nog komen moet : pornografica (poésie pornographique, 2008).

     

    écoutez un texte de Hafid Bouazza lu par Danielle Losman : ici

     

     

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