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amsterdam

  • Amsterdam à 7h09

     

    Suggestions de lecture

     

     

    7h09 : bon moment pour débuter la journée, prendre un train, un vol….

    Amsterdam, 7h09, Utrecht, traduction littéraire, romans, éditeurs

     

    Le troisième numéro de 7h09, publication hybride qui tient à la fois de la revue et du livre, a posé ses valises à Amsterdam. Richement illustré et d’un graphisme soigné, ce « carnet d’ailleurs » s’intéresse à de multiples aspects de la capitale des Pays-Bas : son histoire, ses plaisirs culinaires (eh oui !), ses enfants, ses vélos, ses designers, ses décors intérieurs, son passé juif, son Lieverdje, son quartier Nord, sa musique sans oublier l’Eye Film Institue et le Vondelpark… Pour compléter le tout, quelques pages sont consacrées aux trésors d’Utrecht, à l’œuvre de l’illustratrice Lieke van der Vorst (voir reproduction ci-dessous) et aux belles lettres néerlandaises.

    Amsterdam, 7h09, Utrecht, traduction littéraire, romans, éditeursUn article de Delphine Minotti, « Vous assez dit literatuur ? », propose en effet un survol de cet univers, partant des origines pour arriver à des ouvrages très récents en passant par des auteurs qui accordent une place particulière au passé colonial, à la deuxième guerre mondiale, à leurs origines africaines ou encore au genre policier. La rédaction m’ayant demandé quelques suggestions de lecture pour les amateurs de romans, j’ai élaboré deux listes. La première, chronologique, comprend 10 noms d’auteurs décédés, dont les œuvres (disponibles en français) font partie du « canon » des lettres des Pays-Bas. La seconde, alphabétique, s’arrête sur des créations plus récentes : 14 écrivains et 14 traducteurs différents.

     

    Amsterdam, 7h09, Utrecht, traduction littéraire, romans, éditeurs

     

    Multatuli, Max Havelaar, trad. Philippe Noble, Actes Sud, Babel n° 31, 2003.

    Louis Couperus, La Force des ténèbres, trad. Selinde Margueron, préface de Philippe Noble, Éditions du Sorbier, 1986.

    Nescio, Le pique-assiette et autres récits, trad. Danielle Losman, postface H. M. van den Brink, Gallimard, 2005.

    J. Slauerhoff, Le Royaume interdit, trad. et postface Daniel Cunin, Circé, 2009.

    Eddy du Perron, Le Pays d’origine, trad. et avant-propos Philippe Noble, préface d’André Malraux, Gallimard, 1980.

    Hella S. Haasse, En la forêt de longue attente. Le roman de Charles d’Orléans, trad. Anne-Marie de Both-Diez, préface d’Olivier Rolin, Points Seuil, 2007.

    Amsterdam, 7h09, Utrecht, traduction littéraire, romans, éditeursWillem Fredrik Hermans, La Chambre noire de Damoclès, trad. Daniel Cunin, Gallimard, 2009.

    Gerard Reve, En route vers la fin, trad. Bertrand Abraham, Phébus, 2010.

    Jan Wolkers, Les Délices de Turquie, trad. Lode Roelandt, Belfond, 2013.

    Harry Mulisch, Noces de pierre, trad. Maddy Buysse & Philippe Noble, Calmann-Lévy, 1985.

    Frans Kellendonk, Corps mystique, trad. Patrick Grilli, Gallimard, 1993.

     

    Frans Kellendonk (1951-1990), en néerlandais  

     

     

    Amsterdam, 7h09, Utrecht, traduction littéraire, romans, éditeursKader Abdolah, La Maison dans la mosquée, trad. Anita Concas, Gallimard, 2008.

    Gerbrand Bakker, Là-haut, tout est calme, trad. Bertrand Abraham, Gallimard, 2009 (Folio n° 5187).

    Jeroen Brouwers, Rouge décanté, trad. Patrick Grilli, Gallimard, 1997 (Folio n° 2967).

    Anna Enquist, Les Endormeurs, trad. Arlette Ounanian, Actes Sud, 2014.

    Carl Friedman, Mon père couleur de nuit, trad. Mireille Cohendy, Gallimard, 2003 (Folio n° 3801).

    Arnon Grunberg, Le Messie juif, trad. Olivier van Wersch-Cot, Héloïse d’Ormesson, 2007.

    Maarten ’t Hart, La Colère du monde entier, trad. Xaxier Hanotte, Belfond, 1999.

    Tomas Lieske, Mon amour souverain, trad. Annie Kroon, Le Seuil, 2008.

    Margriet de Moor, Une catastrophe naturelle, trad. Danielle Losman, Libella-Maren Sell, 2009.

    amsterdam,7h09,utrecht,traduction littéraire,romans,éditeursCees Nooteboom, Rituels, trad. Philippe Noble, Gallimard, 2006 (Folio n° 4435).

    Willem Jan Otten, Un homme par ouï-dire, trad. Daniel Cunin, Les Allusifs, 2014.

    Adriaan van Dis, Les Dunes coloniales, trad. Marie-Claire Cécilia, Actes Sud, 1999.

    Vonne van der Meer, La Femme à la clé, trad. Isabelle Rosselin, Héloïse d’Ormesson, 2013.

    Tommy Wieringa, Joe Speedboot, trad. David Goldberg, Actes Sud, 2008.

     


     Tommy Wieringa parle, en anglais, de son roman

    Joe Speedboot

     

     

     

  • Un poème, un livre – Guy Vaes

     

      

    AMSTERDAM

     

    couvGuyVaes.png

     

     

    « Guy Vaes (1927-2012) fut longtemps l’auteur d’un livre, qui se nimba bientôt d’une aura mythique : Octobre, long dimanche. Il parut en 1956, l’auteur avait trente ans. Il y avait été préparé par une enfance et une jeunesse dans le milieu des intellectuels francophones d’Anvers […] Très lettré, Vaes était collaborateur de la revue Lumière dirigée par son beau-frère Roger Avermaete. Le fils de ce dernier, devenu sous le nom d’Alain Germoz homme de lettres et journaliste, deviendra l’ami et complice de toujours de son cousin. […] L’exode, puis l’occupation, sont une nouvelle occasion de se gaver de lectures : Kafka, Woolf, Melville, Faulkner, qui fourniront plus tard la matière d’analyse d’un superbe essai sur le temps, La flèche de Zénon. Une certaine conception d’un présent absolu s’y précise, que l’on suit comme un fil d'Ariane dans les romans.

    GuyVaes1.png[…] Les besognes alimentaires, en l’occurrence journalistiques, l’empêchant de se consacrer en suffisance à l’écriture, la photographie va, durant plus de vingt ans, compenser le manque. Londres en est le point focal : un livre de méditation urbaine, Londres ou le labyrinthe brisé va être complété par un album où textes et clichés alternent, Les cimetières de Londres.

    En 1983 paraît enfin le deuxième roman, L’Envers, et le flux fictionnel repart pour de bon avec ce livre qui sera couronné la même année par le prix Rossel. […] Le tempo de parution des romans, dès lors, s’accélère relativement. L’Usurpateur paraît en 1993 avec une préface de l’auteur flamand Hubert Lampo, qui suggère de qualifier le réalisme pratiqué par Vaes non pas de magique, comme on le fait d’ordinaire, mais plutôt de mythique : le roman de s’inspire-t-il pas du labyrinthe et de son Minotaure ? » (source : arllfb)

    GuyVaes2.pngLe poème « Amsterdam » reproduit ci-dessous est emprunté au recueil Échanges poétiques, Anvers, Librairie des Arts, 1962 – Prix Auguste Michot 1963 –, qui réunit des vers d’Alain Germoz (1920-2013), Robert Havenith, Paul Neuhuys, Saint-Rémy, Étienne Schoonhoven et Guy Vaes – autrement dit un recueil d’Anversois d’expres- sion française. L’ensemble est préfacé par Pierre de Lescure et rehaussé d’un dessin à l’encre de Chine de Rik Wouters, L’Artiste et sa compagne. Écoutons des bribes du salut de Pierre de Lescure, auteur entre autres d’un Souviens-toi d’une auberge (1937), roman des Flandres (l’éditeur a exercé une critique constructive sur la prose de Vaes dans les années cinquante ; c’est lui qui, chez Plon, a publié Octobre, long dimanche) : « Ma Flamande, c’est une ville où je suis arrivé, souvent, pour y chercher, sans bien le savoir, le printemps qui viendrait. Parfois, en plein hiver, quand il pleut sur l’Escaut et que le ciel reste cendré. Où que je sois, même à l’intérieur d’une maison, je reconnais le souffle du printemps. Comment appeler autrement le petit bonheur qui, à Anvers, me saisit en toutes saisons ? […] C’est une ville de Flandre pleine de tout le Nord qui existe en moi. Mais Anvers, ai-je connu son espace GuyVaes4.pnginvisible, sa musique illimitée, lorsqu’un matin de septembre, je l’ai regardée, et, là, vivaient cette fraîcheur d’aube embrumée, ce parfum des jeunes troncs lisses chargés sur les péniches, l’inexprimable mystère d’une ville faite de pierres et d’eau, et que j’appelle, aujourd’hui, la venue d’un printemps ? Ce printemps, ce perpétuel commencement anversois, cette déchirure de la nuit, cette vibration blonde d’une femme se reflètent-ils dans le miroir des poèmes de ce recueil ? »

     

     

    AMSTERDAM

      

    à Robert

     

     

     

    Ville craquelée de canaux

    Tel un miroir tombé par terre

    Réfléchis donc mon vrai visage

    Aussi nombreux que tes morceaux

     

    Un bronze de cinq siècles brise

    Le jour en vingt-quatre épisodes

    En autant d’hommes il me divise

    Et chacun d’eux mourra d’exil

     

    Orient défait en porcelaines

    Pignons plus roses que du fard

    Aucun passé ne serait nôtre

    Sans vos impondérables dards

     

    Aucun passé s’il n’est d’eau lisse

    (Car le marbre saisit les rois)

    Aucun passé puisque n’existe

    Cet homme en éclats ni les rois

     

    Mais sous un signe luthérien

    Qu’émeut du Nord le long départ

    Sous des silences patriciens

    Chambrés en l’humide des siècles

     

    – Comme l’heure je me fais tard

     

    Guy Vaes

     

     

    GuyVaesAutographe.png

    dédicace autographe de G. Vaes

    sur un exemplaire de Les apparences, Luce Wilquin, 2001

     

     

    Vidéo : Guy Vaes parle du fantastique

     

    La voix de Guy Vaes

     

    Jacques De Decker, « Guy Vaes en chemin vers le mythe »

    podcast

    Guy Vaes par son traducteur Bart Vonck (en néerlandais) :

    « Guy Vaes en de zijnen »

     

     

    GuyVaesRik.png

    Rik Wouters, L'Artiste et sa compagne

     

     

     

  • Un poème de Bredero (1585-1618)

     

     

    Un sonnet en français

      

    Bredero, poème, théâtre, Amsterdam, Pays-Bas, comédie

    Seul portrait connu de G.A. Bredero

    (gravure de Hessel Gerritsz., 1619)

     

     

    Fils d’un cordonnier relativement aisé d’Amsterdam, Gerbrand Adriaensz. Bredero a été surtout connu de son vivant comme auteur de théâtre. Sa comédie Spaanschen Brabander (Le Brabançon espagnol, 1617) est particulièrement savoureuse : « la pièce vaut par son réalisme intense. Adaptés ou inventés, les personnages sont pétillants de vie : petits vieux à l’esprit caustique, fossoyeur, fileuses babillardes, exempts à la main lourde… Chacun parle le langage qui convient […] Le comique revêt des aspects très variés, depuis la gaudriole jusqu’à l’humour le plus fin* ». « Il veut peindre le vice avec assez de relief pour le faire détester », a-t-on pu écrire à son sujet. Ce qui est sûr, c’est que l’Amstellodamois n’avait aucun rival dans le genre de la farce.

    Même s’il disait ne posséder que quelques rudiments de français : « een slechte Amstelredammer (die maar een weynich kints-School-frans in 't hoofd rammelde) », ceux-ci lui ont permis d’adapter en néerlandais la tragicomédie Lucelle de Louis Le Jars (1576), de traduire de la poésie, de s’inspirer d’une traduction française de L’Eunuque de Térence pour composer une de ses meilleures comédies : Moortje (La Petite Négresse, 1615) ou encore d’écrire le sonnet – certes pas forcément irréprochable – que nous reproduisons ci-dessous (extrait du volume posthume Groot Lied-Boeck).

     

    * Pierre Brachin, La Littérature néerlandaise, Armand Colin, 1962, p. 43-44.

     

    Bredero, poème, théâtre, Amsterdam, Pays-Bas, comédie

    Journal des Arts, des Sciences et de Littérature, 15 Messidor an 13

     

     

    SONNET

     

    Orsus Adieu Amour, adieu Espoir & Crainte,

    Vous troubleras non plus mon Ame ni mon Cœur.

    Alors, je prie toy mon Dieu & mon Sauveur !

    Allumez mon Esprit d’Amour devot & Saincte :

     

    L’Amour du Monde n’est que tromperie & fainte

    Leger & inconstant, vollant, & sans valeur,

    Sans rayson, sans Conseil, accompagnie de peur,

    En amitie faus, contrefaict par contrainte.

     

    Mays l’Amour de vertu est seulement fondée

    A l’unique de la Divine Trinitée,

    Qui gouverne le Ciel, qui gouverne la Terre !

     

    O Pere eternel scrivez avecq tes doicts

    Au millieu de mon Cœur, tes belles bonnes Loys,

    Que je t'en puis servir d’un amour volontaire.

     

     

    Bredero, poème, théâtre, Amsterdam, Pays-Bas, comédie

    page de titre d'un ouvrage posthume de Bredero (1621)

     

     

     

  • Francis Jammes à Anvers et Amsterdam

     

    Cahiers Francis Jammes 1

     

     

    couvcahiersJammes1.png

     

     

    Pour saluer la parution du magnifique premier Cahier Francis Jammes – qui explore entre autres les liens entre Georges Rodenbach et Francis Jammes (article de Jean-Louis Meunier) –, nous reproduisons ci-dessous quelques pages que le poète d’Orthez a consacrées, dans ses Mémoires (Les Caprices du poète), à sa visite chez Max Elskamp et à la ville d’Amsterdam d’où il a ramené un célèbre poème. Effectuant entre fin mars et début avril 1900 l’un de ses rares voyages à l’étranger, le jeune homme prend plusieurs fois la parole devant une assistance bien garnie. Son séjour à Bruges est en partie gâché par des bambocheurs qui l’empêchent de dormir. Il aura toutefois le plaisir de s’entretenir avec plusieurs confrères belges, dont Camille Lemonnier et Thomas Braun, lequel l’a accueilli chez lui à Bruxelles. Jammes croise aussi sans doute dans cette même ville Frantz Melchers, peintre néerlandais injustement oublié, qui avait illustré le poème On dit qu’à Noël quelques années plus tôt.

     

    Francis Jammes chez Thomas Braun à Maissin (Belgique) 

     

     

    couvJammesRomanvandeHaas.pngMax Elskamp ! J’ai dit quelle place je lui réserve dans la poésie et dans mon cœur. Ce fut si singulier, cette visite ! J’arrive devant une riche maison, ni belle ni laide, qui portait le numéro 138 du boulevard Léopold. On ne pouvait rien induire de sa façade, sinon, et c’est la vérité, qu’elle figurait l’ordre, le confort, l’honnêteté d’un intérieur commercial… Commercial, dans ce grand sens antique où les imposants vaisseaux ouvraient leurs ailes vers les Indes. Le père de Max Elskamp était, en effet, négociant. C’est lui qui me reçut avec une affabilité parfaite, me fit monter par de somptueux appartements jusqu’au troisième étage, m’introduisit dans la cellule de son fils. Aussitôt, avec un sourire plein de grave bonté, il se retira. J’avais devant moi un jeune homme que je savais me comprendre et m’aimer à travers mes poèmes, comme à travers les siens je l’aimais et le comprenais. Mais ce jeune homme, de cinq ans plus âgé que moi, venait d’ailleurs ; je veux dire :de terres inconnues à ma race. Cette figure géométrique, aux yeux bridés, ce corps anguleux et fin, ces pieds rejoints ainsi que des nageoires caudales, je ne les avais jusque-là observés que dans les gravures représentant ces peuplades vêtues d’épaisses toisons et vivant parmi les eiders et les phoques sur la banquise. Elskamp parlait fort bien notre langue, à voix basse. La pièce exiguë où il travaillait s’ornait de quelques palmes desséchées, de quelques armes exotiques lui rappelant les longs voyages qu’il avait accomplis sur mer, par goût, sur de périlleux voiliers, où tel le dernier des matelots, il manœuvrait, mangeait mal, couchait aufrancis jammes,anvers,amsterdam,max elskamp,poésie,traduction,georges rodenbach hamac. Du brumeux Anvers, il avait gagné la Sicile aux vins d’or, et de là passant les détroits, il avait rayonné sur d’étranges contrées dont il contait les mœurs. Auprès de ces panoplies étaient piquées au mur de nombreuses cartes célestes, et des tables toutes remplies de signes utiles à cette astronomie qui était sa passion, et dont il s’occupait, non en amateur, mais en savant. À côté de la presse à bras, qu’il avait établie lui-même, et où il tirait, sur de rares papiers, les chefs-d’œuvre simplifiés de ses dessins sur bois et de sa typographie, brillait, oblique et mystérieux, son télescope.

    « De même, Jammes, me disait-il, que vous affectionnez les fleurs que vous voyez revenir à des époques fixes, j’aime les étoiles dont j’attends le retour durant que le cycle de ma vie n’est point encore refermé. Celle que vous pouvez observer là, sur ce plan sidéral, ma sœur et moi la croiserons sans doute encore, ma pauvre sœur malade, mais il est écrit que mon père ne l’apercevra plus, même s’il devenait centenaire. Elle s’effacera, ce soir, à notre horizon, telle qu’une renoncule qui cesse de briller. »

    JammesKerkTitre.png[] Le peu que je visitai de la Hollande me donna un sentiment bien autre de grandeur que la Belgique, si j’excepte Anvers le merveilleux. Amsterdam me prit tout à fait. J’ai exprimé sa majesté dans un poème du Deuil des primevères. De même que Marseille est la porte de l’Orient, Amsterdam est la porte du Septentrion, mais ces deux villes se comprennent l’une l’autre. Amsterdam reluit comme un coffre d’ancien navigateur où seraient contenus les trésors des Mille et une Nuits. Des aras, semblables à des tulipes géantes, perchent dans l’ombre de ses salons solennels où trônent de larges femmes rubicondes. Isaac Laquedem passe dans la rue, se multiplie comme la Mère Gigogne ; de son manteau rouge et bleu sortent mille juifs et juivillons, vêtus le plus curieusement du monde, qui fourmillent sur le marché au bric-à-brac. Bonnets de loutre, képis, gibus, bonnets de coton, sarraus, tabliers, tuniques, plastrons d’escrimeur, dolmans de hussard, culottes de zouave, bottes marines, guêtres de laine, sabots, caoutchoucs, tout leur est bon pour se vêtir. Mais on ne peut qu’être ému par de vieilles faces où les rides s’inscrivent comme les caractères du Vieux Testament, ces paupières rouges, ces cheveux et ces barbes pareils aux toiles d’araignée du grenier de Pharaon, ces enfants dont les yeux brillent ainsi que des deniers, ces femmes superbes et calmes comme des vases patinés par le temps.

     

    Francis Jammes

     

     

    Francis Jammes en langue néerlandaise

     

    Korte levensschets van Guido de Fontgalland (La Vie de Guy de Fontgalland), adapté et augmenté d’une neuvaine par W. de Voort, La Haye, Cedo Nulli, 1931, 28 p.

    Kerk in bladergroen (L’Église habillée de feuilles), trad. et introduction Anton van Duinkerken, Utrecht, Spectrum, 1945, 56 p.

    Het crucifix van den dichter (Le Crucifix du poète), trad. Jos Nyst, illus. A.P. Stokhof de Jong, Heiloo, Kinheim, 1947, 85 p.

    De roman van de haas (Le Roman du lièvre), trad. Jean Duprés, Amsterdam, Van Oorschot, 1949, 51 p. 

    JammesDialogueMallarméTitre.pngUne traduction du Rosaire au soleil (Rozenkrans in het zonnelicht) a été réalisée sans jamais trouver déditeur. Par ailleurs, diverses publications contiennent un ou deux poèmes ou de courts passages de l’œuvre en prose en version néerlandaise.

     

    Le célèbre éditeur de Maastricht A.A.M. Stols a publié deux volumes de la correspondance de F. Jammes :

    Dialogue. Stéphane Mallarmé - Francis Jammes. 1893-1897, introduction et notes de G. Jean-Aubry, La Haye, Stols, 1940.

    Francis Jammes et Valery Larbaud, lettres inédites, introduction et notes de G. Jean-Aubry, Paris/La Haye, Stols, 1947.

     

     

    FrancisJammesFrieseKoerier1968.png

    article publié dans le Friese Koerier du 03/07/1968,

    année du centenaire de la naissace du poète

     

    Association Francis Jammes

     blog de Mikaël Lugan,

    directeur de publication des Cahiers Francis Jammes