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thriller

  • D’Anvers à Auvers en passant par Ostende

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    Petit arrêt sur quelques polars français qui nous entraînent dans les terres néerlandophones : un tour à Anvers et dans la ville d’Ostende, suivi d'un clin d’œil de Van Gogh qui fait son entrée dans le genre policier.

     

     

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    Flammarion a publié il y a peu Le Seigneur d’Anvers de Vincent Crouzet. Anvers, c’est entre autres son quartier juif et ses diamantaires. Les diamants, Vincent Crouzet connaît. Il nous invite donc à le suivre dans les mines africaines et dans les milieux où l’on travaille et vend ces pierres, où l’on brasse des sommes considérables. Au bout du compte, cela donne un thriller assez classique : rivalités poussées à leur paroxysme entre quelques-uns des plus grands diamantaires du monde, agissements de certaines mafias dans la ville flamande et, dans les coulisses, concurrence entre services secrets de différents pays (Angleterre, France, Belgique, Russie, Israël…). Une ou deux histoires d’amour et l’incontournable référence à la Deuxième Guerre mondiale pour épicer le tout.  C’est un roman qui se lit tout seul, sans effort de la part du lecteur ; mais le lecteur exigeant n’ira pas jusqu’au bout : Vincent Crouzet n’est pas un très grand styliste. On est en permanence sur Anvers, sur Londres ou perché ailleurs – entre autres sur un arbre –, mais jamais à Anvers, ni àLondres. Qui plus est, comme bien souvent quand un écrivain français met sous sa plume des termes néerlandais, les erreurs ne sont pas loin –pauvre Vestingstraat ! Laissons tout de même la parole à l’auteur :



     

    Des histoires plus léchées, c’est ce que propose un éditeur de Manosque, Le Bec en l’air, dans Ostende au bout de l’est (2009). Il s’agit d’un recueil de nouvelles signées par des écrivains français (de romans noirs) connus. Dans l’ordre d’apparition : Marcus Malte, Didier Daeninckx, Jean-Bernard Pouy, Marc Villard, Michel Quint, Jean-Hugues Oppel. Le début de la nouvelle de Michel Quint intitulée La Secrétaire du brouillard :

    L’ouest finit à Ostende. Après, plus loin que la mer, commence autre chose qui n’existe pas vraiment pour qui parvient jusqu’ici. Cette ville, la terre s’y échoue, à bout de forces, et quelle que soit notre raison d’y être, on accompagne son agonie sur le sable des plages. Aux alentours de la Toussaint, on pense à la chanson de Caussimon et on se demande si ça vaut le coup de vivre sa vie, on mettrait des chrysanthèmes à chaque coin de rue pour n’oublier personne de ceux qui sont venus là déchirer leurs rêves en petits morceaux et les jeter aux vagues, que les mouettes les piquent du bec et s’en aillent les noyer aux large.

    Ce livre comprend par ailleurs une trentaine de photos couleur prises par Cyrille Derouineau. Des photos plutôt froides – un peu « bloc de l’Est » – qui s’arrêtent sur la plage et les façades d’Ostende. Ces photos, dont certaines captivent, ne servent pas d’illustrations aux nouvelles ; à partir de certaines d’entre elles, chaque auteur tisse quelques fils à moins qu’il ne les utilise comme une sorte d’écho.

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    Cette fois encore, on se pose une petite question à propos des termes flamands retenus : ainsi le titre mi-flamand mi-français de la nouvelle de Marcus Malte : Zeer daarlijk voeders (Pourquoi Ostende ?) restera une énigme pour beaucoup*. Hormis ces peccadilles, ce qui prédomine, ce sont bien les atmosphères que savent créer les romanciers - chacun à sa belle façon - entre brume, fin tragique, nostalgie, désarroi, passé obscur. Du spleen et encore du spleen. Mais un spleen que l’on savoure. Un passage de Marcus Malte :

    Quand je débarque ici, la fin du monde est proche. Je pense que ça doit ressembler à ça, les quelques minutes, les quelques secondes avant l’apocalypse. À trois heures de l’après-midi le crépuscule est tombé. Le ciel et la mer logés à la même enseigne : celle de l’enfer. Tout est vert. Un vert d’émeraude, sombre, profond, qui irradie d’une mince faille entre les nuages, là-bas, à l’horizon. Une bombe à neutrons a dû exploser au large – ou bien le soleil lui-même – et les radiations se propagent inexorablement vers le rivage. Les habitants ont fui. Chiens compris. Je peux les imaginer se terrant au fond des caves ou dans leurs salles de bains calfeutrées, transis d’angoisse, demandant grâce et pardon, implorant Dieu sait quelles divinités, jurant fidélité et humilité et tout ce qu’on voudra en échange de la clémence, et s’agenouillant, suppliant, priant pour que le grand orage les épargne, pour que la colère passe au-dessus de leurs crânes, pour que la formidable masse des nuages, qui déjà recouvre de ses flots inversés les becs falots des réverbères, ne vienne pas les noyer, eux, pauvres pécheurs, dans ses ténèbres et pour l’éternité.

    OstendePhoto.jpgEn levant le poing je peux presque crever le plafond.

    Qui d’autre ? Personne. Je suis le seul être vivant à portée de vue hormis une volée de mouettes. Je ne pèse guère plus qu’elles sous la poussée du vent.

    Alors c’est ça, Ostende ? je me suis dit.

    Il ne pleut même pas.

    J’ai tourné le dos à la mer. Je n’ai eu aucun mal à trouver l’hôtel. J’y suis entré et je n’en ai plus bougé jusqu’au lendemain.

    Le lendemain, c’était pire.



      

     

     

     

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    Pour finir, une note humoristique, voire carrément burlesque avec un roman de 2006 qui fait entrer Vincent van Gogh dans le genre policier : De Gaulle, Van Gogh, ma femme et moi (éditions Après la Lune). Ceux qui ont lu Poste mortem de Jean-Jacques Reboux retrouveront au fil de cette histoire abra- cadabrantesque la même veine, la même inspiration : jeux de mots à foison, descriptions truculentes, situations totalement invraisemblables et pourtant tout à fait crédibles. Ou comment celui qui allait devenir le Général de Gaulle et qui n’était encore qu’un fœtus dans le ventre de sa maman rencontre Van Gogh peu de jours avant la mort de ce dernier à Auvers. Rire garanti, incontestable qualité d’écriture. Seul petit bémol : Jean-Jacques Reboux a un peu tendance à trop délayer la sauce. Un roman, on l’aura compris, pour tous les afficionados du Général ainsi que pour ceux qui adorent ou détestent Sollers dit Sollex, Houellebecq, l’écrivain dépressif au regard de poisson mort et Catherine Millet, dite sainte Cathy la partouzeuse. Quant au « van » de Vincent van Gogh, on le préfèrera avec son petit « v » batave. Mais là, je pinaille. Ou pachou pachou paya !

     

    Jean-Jacques Reboux nous parle de sa maison d’édition

     

    * Il semble qu'en dialecte local, la seule tournure envisageable correspondant plus ou moins au titre soit Zeer dearlijke voaders. (merci à Sandra)

     

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  • Mutilez-moi

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    MUTILATIONS, de Patrick DE BRUYN

     

    À côté des polars relativement classiques d’un Pieter Aspe, des enquêtes à faire froid dans le dos d’un Luc Deflo, on relève bien entendu en Flandre des thrillers purs et durs. L’un des maîtres incontestables du genre, c’est Patrick De Bruyn. Invitation à l’automutilation.

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    De même que Je tue à la campagne de Paul Clément (pseudonyme de Jacques-Pierre Amette), Verminkt (Mutilations, 2004) commen- ce par un visage défiguré auquel manque une oreille. Mais la comparaison s’arrête là. Cette fois, pas de narration flegmatique en quelques dizaines de pages ni de maîtresse aux formes plantureuses, mais 400 pages denses, une jeune fille mutilée dans sa chair et un père mutilé dans sa tête : seule la peur qu’inspire cette histoire pourrait amener le lecteur à lâcher le roman, voire à le jeter contre un mur.

    Un home-jacking chez des gens sans histoire tourne mal : avant de prendre la fuite, un des agresseurs plaque un côté de la tête de la jeune fille de la famille dans une poêle brûlante ; la mère elle aussi est amochée. Alors qu’elles sont hospitalisées, le père va se retrouver seul dans la maison du drame, pris en étau entre l’angoisse de voir revenir les deux malfrats d’origine slave et un vif sentiment de culpabilité : il se reproche d’avoir été lâche au moment de l’agression, de n’avoir rien fait pour protéger sa fille et son épouse. Dès lors, cet homme au chômage, qui a tendance à se réfugier dans l’alcool et les films pornos, va être aspiré dans une spirale infernale. Du fait de sa fragilité psychologique, il s’enlise peu à peu dans un univers kafkaïen ; dans ses hallucinations, média, police, entreprises mafieuses, personnalités politiques locales jouent tous et toutes un rôle. Il va finir par douter de tout le monde, y compris de ses proches, et par voir des menaces dans la moindre chose. Autrement dit, en sombrant dans un délire de persécution, il entre en enfer.

    CouvVerminkt.jpgLa grande force de Patrick De Bruyn, c’est de livrer, à partir de données simples, et de gens comme tout le monde – sans déverser qui plus est des flots d’hémoglobine –, une histoire qui fait bien plus peur que le meilleur film d’horreur. Son roman, c’est une voiture au bord de laquelle il vous embarque pour foncer de bout en bout à 200 km/h sans vous donner l’occasion d’en redescendre. Dès les premières pages, cramponnez-vous : l’histoire vous prend d’emblée aux tripes. L’angoisse qui envahit le personnage principal ne tarde pas à vous submerger. Tout comme lui, vous vous retrouvez en plein cauchemar. Cerise sur le gâteau : l’humour est lui aussi au rendez-vous.

     

     

    LE ROMANCIER

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    En une dizaine d’années, le chasseur de têtes Patrick De Bruyn (né à Halle, 1955) s’est affirmé comme l’un des maîtres, si ce n’est le maître du suspense en Flandre. Alors qu’il rêvait de devenir cinéaste, il s’est mis à écrire. Il a 18 ans quand une de ses nouvelles est remarquée. Ce sera également le cas de son premier livre, un roman jeunesse publié en 1977, Angst om de Gijzelaars (Peur des kidnappeurs).

    CouvFile.jpgToutefois, il faudra attendre 1998 pour voir paraître son premier thriller, File (Embouteillage). Il y est question de la peur op- pressante, qu’éprouve un chasseur de tête, de se retrouver dans un bouchon et de finir écrasé sous le chargement d’un poids lourd : deux de ses collègues sont morts peu avant dans des accidents sur l’autoroute. Suivra en 2000 Indringer (Intrusion) dont une version refondue a paru en 2008 aux éditions Manteau : une femme ambitieuse qui aime son travail fait face à des gens qui, peu à peu et subtilement, s’immiscent dans son existence pour lui ravir ce qu’elle a de plus cher. En 2001, Vermist (Porté disparu) narre l’histoire d’une femme qui cherche à comprendre pourquoi son mari a disparu, pourquoi il lui avait caché qu’il avait perdu son emploi et comment il a pu se retrouver parmi les victimes « collatérales » du Concorde qui s’est écrasé près de Paris ; parallèlement, la personne sans scrupules responsable du licenciement de son mari reçoit des menaces de plus en plus inquiétantes. Dans ces pages, la catastrophe aérienne de juillet 2000 est exploitée pour accentuer les tensions. Deux ans après, Verdoemd (Maudit, 2006) s’ouvre sur un accident de la circulation : une femme renverse une passante et prend la fuite ; cette seconde de la vie de ces femmes va déclencher une suite d’événements cauchemar- desques. Verliefd (Amoureux, 2007) met en scène un homme marié qui tombe amoureux d’une femme mariée ; mais quand on tombe amoureux, on est très vulnérable. Entre ces deux personnes qui tiennent à garder le secret sur leur rencontre, tout commence par un banal échange de courriels, mais dès la première page, on comprend que les choses vont prendre un tour inattendu. L’amour, CouvVermist.jpgthème récurrent des œuvres de Patrick De Bruyn, est ici contrarié par un manipulateur hors pair. Après ces 4 livres au titre commençant par le même préfixe, le romancier a publié en 2008 Pas- sie (Passion) : un homme est accusé d’avoir tué un junkie, les preuves qu’il apporte de son innocence se retournent contre lui. Serait-il malgré tout le coupable ? L’auteur lit un passage de son roman :

     

     


    Le premier tirage des livres de Patrick De Bruyn est d'environ 20 000 exemplaires. Sa nouvelle De witte woede (Colère blanche) a fait l'objet d'un court métrage. Le roman Verminkt devrait également être adapté à l'écran.

    sur www.geuzeinfo.com, une mine d’infor- mations en néerlandais sur Patrick De Bruyn

    sur www.radio1.be, Patrick De Bruyn lit une de ses nouvelles (texte en néerlandais)

     

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  • Pitbull

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    Décharges d’adrénaline à Malines

     

    Un assez grand nombre de polars flamands ont pour décor la ville d’Anvers (par le passé ceux d’Anton Van Casteren, dans les vingt dernières ceux de Patrick Conrad, de Piet Teigeler, de Hubert van Lier… ou encore l’Anvers de l’époque de Rubens ou de l’époque napoléonienne dans ceux de Staf Schoeters), au point qu’on a pu parler d’ « école anversoise ». Pieter Aspe situe les siens, on le sait, à Bruges ; Jos Pierreux a élu la célèbre cité balnéaire de Knokke, Marthe Maeren la ville de Gand, le policier Christian De Coninck Bruxelles. Courtrai sert souvent de cadre aux livres du romancier Axel Bouts. Pour sa part, Luc Deflo a retenu une autre ville au riche passé, celle où il est né, Malines. En 2008, son roman Pitbull a reçu le Prix Hercule Poirot qui, depuis 1998, récompense tous les ans le meilleur polar flamand.

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    Vous avez une maîtresse belle et sensuelle. Problème : elle menace de révéler son existence à votre épouse. Un homme avec qui vous échanger quelques mots dans un café se propose d’éliminer la gêneuse à condition que, de votre côté, vous tuiez la femme dont il souhaite lui-même se débarrasser. Voilà le marché – clin d’œil à L’Inconnu du Nord-Express – qu’accepte à demi-voix Benjamin Delaedt, un soir où il a un peu trop bu. Deux crimes parfaits en perspective puisque ceux qui projettent de tuer n’ont aucun lien avec leur future victime et qu’ils pourront par ailleurs disposer d’un alibi en béton. Quelques jours plus tard, Benjamin ouvre le journal et découvre que sa maîtresse a été tuée dans des conditions atroces. Pour ne pas s’attirer les foudres de l’assassin, un homme au physique imposant, il sait qu’il va lui aussi devoir passer à l’acte.

    Voici les données de départ du roman avant que la police ne s’en mêle et que ne se révèle la nature véritable d’un tueur en série qui mord ses victimes – de là le surnom qu’on va lui donner : Pitbull. Un homme en apparence quelconque – un chômeur alcoolique parmi tant d’autres –, mais qui dispose d’appui dans les plus hautes sphères judiciaires, une véritable force de la nature en même temps qu’un individu plein de charme. L’homme est tellement infatué qu’il va lui-même prendre les choses en main pour se faire co-narrateur, ce qui se traduit par des passages hilarants. On se glisse dans la cerveau de ce monstre, on en suit les méandres entre réflexions loufoques et pensées qui glacent.

    CouvSluipendGif.jpgLuc Deflo mêle avec talent intrigue en apparence classique et descente aux enfers : le lecteur est invité à entrer dans les esprits les plus sombres, les plus maléfiques, les plus pervers ; ses tueurs, qui ont pour la plupart vécu une expérience traumatique dans leur jeunesse, déploient des qualités insoupçonnées pour torturer leurs victimes : des serial killers qui aiment qui plus est jouer avec la police et se jouer d’elle. Pitbull va pousser le jeu jusqu’à la dernière page et même plus loin. Le romancier excelle à mettre en scène l’inéluctable des pulsions criminelles.

    Côté enquête, c’est surtout la figure de Dirk Deleu qui se dégage – Deflo reconnaît d’ailleurs que le physique du policier n’est pas sans rappeler le sien. Cet homme sombre fait équipe avec Nadia Mendonck, une femme qu’il aime, mais leur liaison est d’autant plus compliquée qu’il ne parvient pas à oublier tout à fait son épouse Barbara dont il est séparé. Les épisodes sur la vie amoureuse de Deleu se glissent dans le récit ; ils permettent à l’enquêteur et au lecteur de reprendre un peu leur souffle, mais il n’est pas rare que cet aspect de son existence prenne une part dans l’intrigue même. Par exemple dans Sluipend gif, Barbara et Nadia se retrouvent aux mains d’un tueur en série que tout le monde croyait mort (le « Désosseur » du premier roman de Deflo : Âmes nues) ; de même, dans Pitbull, le serial killer va s’approcher dangereusement de Nadia.

    Autre personnage incontournable d’une dizaine de thrillers de Luc Deflo : le juge Jos Bosmans qui couvre parfois les méthodes peu catholiques de son ami de Deleu. L’équipe qui entoure Deleu compte par ailleurs Walter Vereecken, policier qui se déplace en fauteuil roulant depuis qu’il a été grièvement blessé par le Désosseur, Pierre Vindevogel dit Pierre le Bigleux, le médecin légiste Van Grieken…

    Maniant un style sûr et souple, Luc Deflo marie intrigue haletante et atmosphère oppressante. On ne se lasse pas de ses descriptions des crimes. Jusqu’à la fin, le lecteur ignore qui, du tueur ou des policiers, va l’emporter.

    D.Cunin

     

    Le vrai Pitbull présenté par l’auteur (à partir de 5’45)



     

     

    L’AUTEUR

     

    Après avoir beaucoup écrit pour le théâtre, Luc Deflo (né à Malines en 1958) s’est affirmé comme un des principaux représentants du thriller flamand et un des auteurs phares des éditions Manteau : dans Naakte zielen (Âmes nues, 1999) apparaissent le magistrat Jos Bosmans et l’enquêteur Dirk Deleu qui ont affaire à un tueur en série. Un duo de Malines que le lecteur retrouve souvent au fil de l’impressionnante série de livres publiée depuis : Bevroren hart (Cœur gelé, 2000), Lokaas (Appât, 2001), Kortsluiting (Court circuit, 2002) ; Sluipend gif (Poison furtif, 2003), Onschuldig (Innocent, 2004), Copycat (2005), Hoeren (Putes, 2006), Weerloos (Sans défense, 2007), Ademloos (Sans souffle, 2007), Spoorloos (Sans trace, 2007), Angst (Peur, 2008), Pitbull (2008), Lust (Désir, 2009) et Schimmen (Ombres, 2009). Mensonge, désir, folie, violence, sexe, perversité sont au menu de ces thrillers psychologiques. Plusieurs ont été traduits en allemand. Outre la dizaine d’enquêtes conduites par Deleu, il a écrit une trilogie portant sur la pédophilie. Certains livres sont en cours d’adaptation à l’écran. Le succès que rencontrent les livres de Deflo dans le monde néerlandophone lui permet de se consacrer entièrement à l’écriture.

     

    Le début de Pitbull en version anglaise : PDF


    Les livres de Luc Deflo en allemand (avec des extraits) : ici

     

     

  • Jour de paie

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    Le premier thriller d’Elvin Post


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    Né à Rotterdam en 1973, Elvin Post est le fils d’un auteur de polars, Jacques. À la fin des années quatre-vingt-dix, tout en travaillant à New York dans le monde de l’édition, il écrit sur le polar pour un quotidien hollandais, interviewant à l’occasion des écrivains américains. Cette expérience américaine va l’aider dans l’écriture de son premier livre : Groene vrijdag (Vendredi vert, 2004) – traduit par Hubert Galle pour les éditions du Seuil (collection « Thrillers », 2007) sous le titre Jour de paie – qui a reçu le Nœud Coulant d’or, l’un des principaux prix récompensant un roman à suspense de langue néerlandaise. Elvin Post a ensuite publié Vals beeld (2006), traduit en allemand sous le titre Die Meisterdiebe, et dont Le Seuil a acheté les droits : deux faussaires atterrissent en prison après avoir berné pendant des années des marchands d’art ; à leur sortie de prison, un projet fou va leur tendre les bras du côté de Boston. Son troisième thriller Geboren verliezers (Perdants nés, 2008), dont l’action se déroule à Manhattan, narre l’histoire de deux frères qui savent se compliquer l’existence. Elvin Post est par ailleurs l’auteur d’un recueil de chroniques sur le foot amateur. Son éditeur : Ambo|Anthos.

     

    LE DÉBUT DE L’HISTOIRE

    couvjourdepaie2.jpgModeste employé de banque de New York, Winston Malone s’est endetté auprès d’un truand pour faire au moins une fois dans sa vie un vrai cadeau à sa fidèle épouse, Cordelia, membre comme lui de la communauté afro-américaine. La seule façon qu’il a de rendre à temps l’argent à Leo Roma, marchand de glaces doublé d’un trafiquant d’armes et de drogue, est de braquer son patron et ses collègues de travail (un vendredi, jour où beaucoup de gens viennent retirer leur paie à la banque en beaux dollars verts – de là le titre initial du livre Vendredi vert). Cela fait, il lui reste à disparaître de la circulation avec sa femme. Le peu ragoûtant Leo, qui a un faible pour les femmes de couleur et espère bien séduire Cordelia, propose une planque au couple en prétextant qu’il va engager Winston à son service. Grâce à l’intégrité de Cordelia, Winston sent toutefois le piège.

     

    Le roman est plutôt riche, composé avec intelligence, drôle de surcroît, même si ça cogne pas mal. L’action se déroule sur quelques jours : la première journée au cours de laquelle Winston cambriole la banque où il travaille, et celles qui suivent où l’on passe à la préparation et à l’exécution d’un kidnapping. Si Winston apparaît comme le personnage principal, l’optique narrative en met d'autres en relief – essentiellement Jimmy, fils de Leo, Cordelia et l’ancien lutteur-catcheur Caesar –, si bien qu’on obtient une sorte de roman à plusieurs têtes. Les pauses qu’Elvin Post intercale dans le récit ne manquent pas de saveur : Winston qui rabâche l’histoire de son père mort au Viêt-Nam ; Jack, une star de séries télévisées américaines, qui mime devant le miroir un entretien qu’il souhaite avoir pour lancer sa carrière au cinéma ; la façon dont Jimmy essaie de contrôler ses nerfs ; les combats de Caesar ou le rôle qu’il tient auprès de Leo. Tous ces personnages ne sont en fait que de grands enfants qui tournent mal. Seule Cordelia se dégage du lot : elle reste lucide jusqu’au bout. Si elle est en quelque sorte une caricature de l’épouse modèle, fidèle et effacée, elle n’en reste pas moins celle qui se joue des autres : elle n’accepte pas que Leo la drague, elle pousse Winston à fuir leur cache ; au contraire de Winston, elle ne va jamais faire confiance à Jimmy.

    CouvValsBeeld.jpgElvin Post évoque avec habileté des scènes de films et des paroles de chansons américaines assez connues qui correspondent à ce que vit à un moment donné l’un des personnages. Là où il réussit une belle prouesse, c’est en composant un roman équilibré et fonctionnant à merveille alors qu’il a opté pour une intrigue très sommaire et peu spectaculaire et retenu comme personnages de minables égoïstes dont on sait qu’ils vont tout droit dans le mur. S’il s’agissait d’un film, on parlerait d’un très bon divertissement et on dirait des comédiens qu’ils ont réussi une vraie performance d’acteurs.

     

    « C’est pas tous les jours qu’on rigole dans le polar et avec Elvin Post, on ne s’embête pas une minute dans cette affaire truffée de bras cassés. L’histoire est rondement menée, on se demande où on va arriver et on ne voit pas le temps passer. » Christophe Dupuis © Etat-critique.com - 11/11/2007

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