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  • Géographies et imaginaires

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    Le numéro 14 de la revue DESHIMA (2020)

     

     

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    Entre plusieurs pérégrinations dans le Grand Nord, le n° 14 de Deshima propose plusieurs haltes en Hollande : pour commencer chez l’auteur et libraire-éditeur Simon de Vries, ensuite à Marken, mais aussi dans un roman de Christiaan Weijts ou encore dans l’univers de la tradition de tolérance. Détour enfin par le Viêt Nam à travers une nouvelle d’un autre écrivain néerlandais, Rob Verschuren, avant de terminer le voyage à Meudon, chez Théo & Nelly van Doesburg.

     

     

     

     Géographies et imaginaires

     

    L’imaginaire et la construction culturelle de l’espace sont au centre des intérêts de Deshima, avec une attention spécifique pour les « Nords » et les stéréotypes associés. Un pluriel délibéré, dans la conviction qu’il faut envisager des géographies et des imaginaires en évolution permanente. Explorer ces images permet de mieux les connaître et de comprendre qu’elles sont le reflet de lieux réels mais aussi de fantasmes individuels ou collectifs. Dans ce nouveau numéro aussi, donc, nous partons de l’espace concret pour arriver à l’espace construit, détruit et reconstruit.

    Au cœur de cette exploration se trouve le concept de « mythème ». Repris de l’ethnologie, il a été adapté par Th. Mohnike, dont nous accueillons une contribution théorique, à l’histoire culturelle et littéraire. Les contributions à ce numéro sont étroitement liées à ces réflexions qu’elles appliquent à des sujets variés, scandinaves aussi bien que néerlandais.

    Des « Savants mélanges » et des avant-premières littéraires et artistiques complètent le numéro, en explorant des imaginaires non-spatiaux, mais néanmoins déterminants pour l’identité nationale des pays concernés.

     

    En route pour Marken (vers 1930)

     

     

     

    SOMMAIRE 

     

    Roberto Dagnino, Cyrille François — Présentation

    Thomas Mohnike — Narrating the North. Towards a theory of mythemes of social knowledge in cultural circulation

    rob verschuren,albert gielen,daniel cunin,nelly van doesburg,thomas beaufils,thomas mohnike,christiaan weijts,cyrille françois,roberto dagnino,deshima,strasbourg,marken,theo van doesburgHans Beelen — The Wondrous Northern World of Dutch Bookseller and Polygraph Simon de Vries

    Margot Damiens — Les récits de voyage sur l’île de Rügen autour de 1800

    Francesca Fabbri — Adele Schopenhauer. La communauté danoise à Rome et les paysages du Nord

    Jean-François Laplénie — Petite cartographie d’un lieu qui n’existe pas. Vineta entre archéologie, mythe et littérarisation

    Yohann Guffroy — Reconstituer un paysage sonore par la littérature ? Étude du son dans des récits de voyages français en Laponie (1840-1900)

    Alexandre Simon-Ekeland — La plaque commémorative du « Latham 47 » à Tromsø. Pratiques touristiques et journalistiques

    Thomas Beaufils — Les costumes traditionnels de Marken. Un assemblage de pièces de tissu d’origines géographiques variées

    rob verschuren,albert gielen,daniel cunin,nelly van doesburg,thomas beaufils,thomas mohnike,christiaan weijts,cyrille françois,roberto dagnino,deshima,strasbourg,marken,theo van doesburgMaria Hansson — Rêve du Nord et désir d’émancipation. En sommarsaga d’Anne Charlotte Leffler

    Anders Löjdström — Espace géographique et espace de poésie. Le territoire de l’écriture dans Baltiques de Tomas Tranströmer

    Albert Gielen — The Architect as Creator of the Cité in Christiaan Weijts’s Euforie

    Davide Finco — Acting as a Never Visited Country’s Promoter, Friend, Patient, Competitor. Erlend Loe’s Fakta om Finland (2001)

    Laurent Di Filippo — Retrouver le Nord dans le multivers. Des récits médiévaux scandinaves à la cosmologie de Dungeons and Dragons

     

     

    Savants mélanges

     

    Christian VII enfant (1749-1808)

    rob verschuren,albert gielen,daniel cunin,nelly van doesburg,thomas beaufils,thomas mohnike,christiaan weijts,cyrille françois,roberto dagnino,deshima,strasbourg,marken,theo van doesburgPierre-Brice Stahl — Entre recherche du savoir et joute d’énigme. Les motivations d’Óðinn dans le Vafþrúðnismál

    Manfred Oberlechner — The Dutch Tradition of Tolerance and Enlightenment in the Context of Critical Theory

    Christian Bank Pedersen — Exécutions. Les corps de Christian VII dans la politique danoise, 1749-1808

     

    Art et lettres

     

    Rob Verschuren — La Nébuleuse du Crabe

    Daniel Cunin — Théo van Doesburg (1883-1931) au crible de Nelly. Épouses et amis, pratique et théorie

     

     

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  • Blonk bugle Bonset

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    Le poète sonore Jaap Blonk,

    interprète d’I.K. Bonset

     

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    À l’occasion de l’exposition « Theo van Doesburg. Une nouvelle expression de la vie, de l’art et de la technologie » qui se tient à Bozar du 26 février au 29 mai 2016, le poète Jaap Blonk redonne vie à des poèmes que cet artiste touche-à-tout a composés sous l’un de ses hétéronymes :

    I.K. Bonset.

     

    Jaap Blonk Dada Vocal performance 

     

    Theo van Doesburg (1883-1931), qui a écrit sous différents pseudonymes (I.K. Bonset, Aldo Camini…), s’appelait en réalité Christian Emil Marie Küpper. Il a laissé une œuvre de théoricien, d’architecte, de peintre et d’écrivain. Principale figure de la mouvance Dada en Hollande, il a été entre autres à l’origine de la revue De Stijl ou encore rédacteur, sous le nom d’I.K. Bonset – anagramme de ik ben sot = « je suis sot » –, de la publication dadaïste Mécano à laquelle ont pu collaborer Arp, Schwitters, Picabia et Tzara. On lui doit le ciné-dancing l’Aubette (Strasbourg), une demeure qui porte son nom à Meudon… ou encore certaines chaises de cafés alsaciens.

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    La poésie d’I.K. Bonset se caractérise en particulier par sa puissance expressive. Alors que la production littéraire de Theo van Doesburg puisait, à l’origine, dans une veine ésotérique et un romantisme tardif, Bonset n’a cessé, à compter de 1914, d’épurer sa langue. Des impressions visuelles se trouvent ainsi ramenées à leur essence : il décrit une guitare suspendue comme une « planche noire et étroite » ayant un « disque jaune » en guise de « corps » et une « ligne ténue » en guise de cordes. Bonset tente de « restituer directement les émotions dans les sons ». Ses « Images-X » (un exemple ci-dessus), qui font partie de la série des « Kubistische verzen » (Poèmes cubiques, 1913-1919), sont des poèmes visuels qui suggèrent le mouvement par des jeux typographiques. Ils sont volontairement ludiques et provocateurs : « les éclats du cosmos je les trouve dans mon thé ».

    Livret de poèmes (bilingue)

    jaap blonk,poésie sonore,pays-bas,theo van doesburg,i.k. bonset,bozar,laurens ham,erik lindner,poètes néerlandais de la modernité,avant-gardeBonset se soucie bien peu des limites sensorielles : le personnage central, « pénétré de la chambre où se glisse le tram », nous dit que des « sons d’orgues : dehorstraversmoi / tombent derrière moi cassés ». L’auteur parvient de la sorte à traduire sur le papier des expériences qui avaient déjà trouvé une concrétisation dans les arts plastiques et le cinéma futuristes : l’abolition des frontières entre ouïe, vue et toucher. On a l’impression qu’il existe un fort contraste entre l’aspect fougueux de ces poèmes et la rigueur graphique et théorique de De Stijl ; ce qui est certain, c’est qu’en faisant sauter des frontières, le poète avait besoin de nouveaux cadres. « Le non-sens, c’est le pied central de la table au quatrième étage de la vérité », expliqua-t-il alors que Tristan Tzara venait de reconnaître en lui un dadaïste.

    jaap blonk,poésie sonore,pays-bas,theo van doesburg,i.k. bonset,bozar,laurens ham,erik lindner,poètes néerlandais de la modernité,avant-gardeToutefois, I.K. Bonset ne se concentre pas uniquement sur la dimension visuelle des mots, il s’attache plus encore à leur sonorité. Ce sont surtout les poèmes nés à l’époque où Van Doesburg remplissait ses obligations militaires – par exemple « Voorbijtrekkende troep » (« Troupe qui vient à passer ») et « Centra » (« Centre ») – qui marient une typographie saisissante à des onomatopées. Sons et images se fondent en une explosion sensorielle: « VLAN / visible Coup defeu ». L’aboutissement de ce processus d’abstraction, I.K. Bonset l’a atteint en donnant ses « Letterklankbeelden » (Images sonores lettristiques - la n° 3 en écoute ci-dessus). Des mots, il ne reste désormais plus rien : les poèmes se composent de simples lettres auxquelles un encodage attribue une certaine longueur et une certaine valeur sonore. Il paraît bien difficile d’aller plus loin dans la dislocation de la poésie si ce n’est en renonçant à écrire et en se faisant compositeur. Sa carrière tout aussi intense que courte offre, d’une certaine façon, un aperçu de l’ensemble de l’avant-garde. En effet, dans cette œuvre, dadaïsme, constructivisme, expressionnisme et surréalisme se côtoient et se croisent avec aisance. Un peu comme si I.K. Bonset avait éprouvé le besoin de rattraper le retard pris par la Hollande littéraire où ces chamboulements avaient pour ainsi dire échappé à tout le monde. 

    jaap blonk,poésie sonore,erik lindner,pays-bas,theo van doesburg,i.k. bonset,bozar,laurens ham,poètes néerlandais de la modernité,avant-gardeLe disque vinyle Jaap Blonk lit Theo van Doesburg édité à l’occasion de cette exposition bruxelloise (pochette ci-contre) nous permet d’écouter plusieurs de ces poèmes emblématiques. Le poète sonore en a d’ailleurs interprété certains le mardi 8 mars 2016 lors d’une soirée dédiée à l’avant-garde des années 1915-1930  au cours de laquelle les spectateurs/auditeurs ont pu voir des films de Hans Richter et Viking Eggeling remontant au tout début des années 1920, écouter Joachim Badenhorst improviser au saxophone et à la clarinette sur des toiles de Theo van Doesburg ainsi que Marc Matter (membre de Durian Brothers et Institut für Feinmotorik) manipuler des voix sur disques et platines… Mais qui est Jaap Blonk ?

    Hans Richter, Film Ist Rhythm: Rhythmus 21 (1921)

    Viking Eggeling,  Symphonie Diagonale (1924)


    jaap blonk,poésie sonore,lindner,pays-basJaap Blonk ? Un nom absent de toutes les anthologies néerlandaises. Qui plus est, un auteur jusque voici peu sans éditeur. Cela ne l’empêche pas d’être un poète sonore reconnu au plan international. Il s’est d’abord manifesté comme musicien de jazz et comme artiste vocal. Interprète de l’intégralité de l’Ursonate de Kurt Schwitters, il se sent comme un poisson dans l’eau dans l’univers des avant-gardes de l’entre-deux-guerres. Blonk explore les frontières entre langage et musique, étudie les voyelles sous leur aspect phonétique. Au début, il appelait ses poèmes sonores Liederen uit de hemel (Chants venus du ciel). Il écrit certains de ses poèmes en « souslandais », sa propre variante du néerlandais. Les ébauches phonétiques qu’il propose ressemblent parfois à des notes prises par un étudiant en chimie. D’autres poèmes commencent en néerlandais avant de progressivement s’en détacher, de s’en éloigner, tant sur le plan sonore que sémantique. Dans le célèbre « le ministre déplore pareilles déclarations » (voir ci-dessous), le néerlandais se trouve abâtardi de deux façons : l’élimination systématique des voyelles donne aux vers l’aspect d’une injonction, l’apport de consonnes celui d’une requête. Le fait que Blonk ne soit pas considéré comme membre de la confrérie des poètes ne paraît pas lui nuire : il évolue à son aise entre les univers de l’improvisation musicale, du jazz et de la performance. Cette situation est-elle caractéristique d’un esprit de cloisonnement propre aux Pays-Bas ?

    Éditeur flamand du vinyle en collaboration avec Bozar, Het balanseer a publié en 2013 klinkt, un recueil de textes du même Jaap Blonk accompagné de deux CD.* 

     

    * Cette présentation reprend des passages de l’introduction à « Theo van Doesburg = I.K. Bonset. Poèmes » (Laurens Ham, Guide du visiteur, Bruxelles, Bozar, février 2016) et de la « Préface » à Poètes néerlandais de la modernité, (Erik Lindner, Montreuil, Le Temps des Cerises, 2011, p. 42-43).

     


    J. Blonk performs Ursonate with real-time typography 

    Frictional (Phonetical Etude n° 2) (Poetry International) 

    Free Verse (2012)

     

     

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