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flandre - Page 2

  • Un jacuzzi au paradis

     

    Là où il y a du textile,

    il y a des fantômes

    le Slalom soft de Paul Bogaert

     

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    Paul Bogaert, le Slalom soft, trad. Daniel Cunin et Paul Bogaert

     

    Peut-être le jeune Paul Bogaert, collégien découvrant la poésie, la fascination qu’exercent les mots, l’aspect ludique des collages, a-t-il mis un peu la main à l’œuvre lors de l’écriture du Slalom soft. Toujours est-il que, la quarantaine passée, ce natif de Bruxelles nous a offert, avec son quatrième recueil, un long poème divisé en une trentaine de séquences dont la plupart peuvent se lire séparément. Sans être à proprement parler des formes de collages, ces courtes séries juxtaposent, au fil d’un exercice d’équilibriste, bien des bribes empruntées au discours publicitaire, à la logorrhée managériale, aux slogans qui encombrent nos esprits, au tout-venant du quotidien. Les différentes voix qui se font entendre – le discours direct alternant avec le discours indirect –, ce qui traverse la tête des personnages, tout cela nous arrive sur un ton proche de la langue parlée, langue retravaillée des mois durant non sans laisser le hasard intervenir à sa guise et laisser s’immiscer mensonges, insinuations, interrogations, musiques d’ambiance, rires, cris, interjections, silences… une palette aux nombreuses nuances qui empêche tout lecture univoque, définitive.

    À l’origine, une image, une désillusion aussi. Alors qu’il se rend régulièrement à la piscine avec ses enfants, le père de famille pose un beau jour un regard nouveau sur le maître-nageur. Il ne voit plus en lui le Sauveur, mais un Monsieur Tout-le-monde, un travailleur breveté qui n’est pas à l’abri de la fatigue, de l’arrogance, de l’ennui, des étourderies, des frustrations… Un homme qui accomplit sa tâche en ne semblant rien faire si ce n’est regarder autour de lui. Agissant selon la lettre / et l’esprit de l’heure d’ouverture, / il grimpe routinièrement (mollets durs) sur sa chaise. / Alors qu’il doit prendre son travail, / toute son attention se déboutonne.

    quatrième de couverture

    paul bogaert,le slalom soft,poésie,flandre,belgique,traduction,tétras lyreC’est là que l’écrivain passe à l’action. Son imaginaire aime retenir un décor décalé, s’arrêter sur la façon dont des cerveaux en arrivent à concevoir un tel lieu. En l’espèce, une immense cloche de verre surchauffée sous laquelle, au milieu de palmiers en plastique, le public est convié, contre espèces sonnantes et trébuchantes, à s’ébattre dans l’eau, à s’élancer sur les toboggans des piscines. Un « paradis subtropical » en quelque sorte ou, comme l’ont dit les critiques, un « jacuzzi au paradis », « un parc d’attractions en Enfer », « un voyage sans retour vers l’abîme », qui a sa contrepartie dans les mornes bureaux où le personnel se réunit, travaillote, participe à des séances de brainstorming, où l’on pilote la machinerie. Tandis qu’au paradis aquatique règnent effervescence et enthousiasme, dans les bureaux, l’atmosphère est plutôt tendue. On s’efforce d’inventer des noms alors que la climatisation ne marche pas comme elle le devrait.

    Le dôme de verre est en partie inspiré de Biosphère 2, site expérimental construit dans le désert de l’Arizona pour reproduire un système écologique fermé. La raréfaction de l’oxygène se conjugue avec l’avancée et les vicissitudes de l’histoire qui se déroule sous nos yeux. « La poésie, écrit le Flamand, est un mélange d’enchantement et de désenchantement. Dans certains poèmes, le pendule penche du côté du désenchantement. L’enveloppe ôtée, il ne reste que la construction à l’état brut. C’est comme regarder des plaies. Là, les questions grouillent à la manière de mouches. »

    À travers les différents recueils que Paul Bogaert a publiés à ce jour s’affirme une certaine fascination pour le contrôle que l’homme cherche à exercer sur les choses, pour son aspiration à la perfection. Ou comment les procédures, les mécanismes, les « systèmes circulaires » sont sources du beau, mais aussi menaces puisqu’à tout moment des ratés peuvent venir dérégler la belle mécanique conçue par les ingénieurs, les savants, les logiciels. Qui retire le rat du filtre ? / Qui contrôle le réservoir de chlore ? / Dans un extrême tumulte, les cris perçants, / l’indomptable résonance. // Tout à l’heure, qui plus est, fouiller l’obscurité. // Quand tu iras te coucher / te satisferas-tu // de moins ?

    Paul Bogaert à Passa Porta, 2014

    paul bogaert,le slalom soft,poésie,flandre,belgique,traduction,tétras lyreSous la cloche de verre, les tensions et la crise ne tardent pas à surgir. Des gens qui ont frôlé la noyade et des coachs personnels interrogent le maître-nageur. Il tente de se concentrer. Mais le niveau de l’eau a baissé. Comment peut-il faire face ? Notre homme prend des airs de Steven Fink, l’auteur qui, dans Crisis Management. Planning for the Inevitable, a proposé des solutions pour affronter des situations critiques, par exemple une catastrophe écologique. Un discours certes ramené sous la plume de Bogaert, non sans drôlerie, aux dimensions d’une piscine paradisiaque, la question n’étant pas de savoir si quelqu’un s’y noie, mais la façon dont on prévient une noyade, dont on réagit en cas de malheur, autrement dit : quels sont les mécanismes qui se mettent alors en branle ? Mécanismes pervers et cruels dans l’univers de Steven Fink comme dans celui de ce luna-park, puisque pour tout responsable, gérer une crise revient bien plus à sauver la face qu’à se préoccuper des victimes. De même que dans la publicité ou dans le management, la langue est ici au cœur de la communication. Autour de cette colonne vertébrale – un homme qui ne peut plus faire son travail routinièrement – et de quelques bouillantes scènes de bureau, Paul Bogaert déroule ses vers qu’il truffe de clichés, de formules toutes faites caractéristiques de notre société des loisirs ou qui encore renvoient au jardin d’Éden. Il nous entraîne sur une métaphore, le toboggan baptisé « slalom soft » : livré à la vitesse et à la pesanteur, on risque fort de se perdre soi-même.

    Sans doute faut-il lire dans les courbes facétieuses et la déclivité casse-gueule du Slalom soft, dans les moments de détente et d’évasion du personnage central, consommateur passif et impuissant, une tentative de contourner les discours étouffants dictés par le marketing, le monde de l’entreprise et de la finance. Toutefois, Paul Bogaert ne parodie pas le quotidien, il observe plutôt avec l’œil du documentariste la surabondance du banal et des divertissements vides de sens. Mais s’il critique quelqu’un, la lâcheté et le manque de courage des uns et des autres, il sait pertinemment que la critique s’adresse d’abord à lui-même qui, tout autant que nous, fait partie de cette société.

    D. Cunin

     

    texte paru en guise de postface au recueil le Slalom soft, Liège,

    Tétras Lyre, 2015, « collection De Flandre »

     

    de Slalom soft Live (trailer) from Paul Bogaert (on Vimeo)

     

  • DESHIMA n° 9 - 2015

     

    Correspondance savante

    entre la France et les Pays-Bas

     

    Édité par Thomas Beaufils & Guillaume Ducœur

     

     

    Le dossier thématique de ce numéro 9/2015 de Deshima est consacré à l'étude de la correspondance entre savants francophones et néerlandais. Ces lettres sont révélatrices de la richesse des échanges intellectuels qui eurent lieu au cours du XVIIIe siècle dans les milieux jansénistes et, d’autre part, aux XIXe et XXe siècles dans les milieux académiques, en particulier au sein des communautés des historiens, anthropologues, sociologues et indianistes. L’analyse de ces correspondances, pour la plupart inédites, permet de mieux saisir le contexte de la circulation des idées de l’époque ainsi que les contenus de ces transferts intellectuels qui n’apparaissent pas toujours ouvertement dans les ouvrages publiés.

     

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    SOMMAIRE

     

    Correspondance savante

    Thomas Beaufils, Guillaume Ducœur – Avant-propos

    Philippe Moulis – Une correspondance clandestine. Les jansénistes de la France septentrionale et des Provinces-Unies de la bulle Unigenitus à 1724

    Annick Fenet – « Au-dessus des intérêts strictement nationaux ». La correspondance orientaliste de Senart à Snouck Hurgronje de 1909 à 1927

    Thomas Beaufils – Marcel Mauss, la Hollande et les Hollandais. Correspondance de 1898 à 1938

    Christophe de Voogd – Histoire d’une collaboration avortée. La correspondance entre les fondateurs des Annales et Johan Huizinga

    Guillaume Ducœur – « Nous avons combattu ensemble ». Correspondance de Georges Dumézil et Jan de Vries de 1949 à 1964

    Dan Dana – « L’étrange et beau univers du germanisme ». Correspondance de Mircea Eliade et Jan de Vries de 1955 à 1963

     

    Savants mélanges

    Viola Eshuis – Wim T. Schippers : l’enfant rebelle des médias

    Pierre-Brice Stahl – Énigmes et nature des protagonistes dans la Hervarar saga ok Heiðreks et le Vafþrúðnismál

     

    Littérature des pays du Nord

    Nathan Trantraal – Vache enragée (poèmes traduits de l’afrikaans par Pierre-Marie Finkelstein)

    Kaspar Colling Nielsen – Le Pélican (nouvelle traduite du danois par Catherine Jaegler)

    A. Alberts – Le roi est mort (nouvelle tirée du recueil Îles, traduit du néerlandais par Kim Andringa)

    Edvard Hoem – Complications amoureuses (texte traduit du nynorsk par Linnea Savio)

    Tom Van de Voorde – Poèmes (traduits du néerlandais par Daniel Cunin)

     

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  • Le lait plus épais que le sang

     

    Retour sur Courrier des tranchées

      

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    Stefan Briis, Courrier des tranchées,

    trad. D. Cunin, Paris, Héloïse d’Ormesson, 2015.

     

      

    Un roman où la massive pendule d’un horloger allemand de Londres n’est pas sans rappeler celles des toiles de Chagall, où le chien Shakespeare annonce, dès les premières pages, la fragilité, la fin d’un monde.

      

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    LE MOT DE L’ÉDITEUR

     

    Londres, à l’aube de la Première guerre mondiale. John refuse de s’enrôler, à l’inverse de son meilleur ami Martin, mû par un patriotisme vibrant. Bercé par Keats et Thackeray, John préfère se consacrer à la littérature, loin de la violence du conflit. Mais celle-ci ne va pas tarder à se rappeler à lui lorsqu’il découvre une terrible lettre, que son père, facteur, a omis de remettre à la mère du jeune soldat.

     

    Fresque d’une période où les notions de courage et de lâcheté paraissent soudain floues, Courrier des tranchées raconte le gouffre entre l’exaltation de la guerre et son effroyable réalité. En virtuose de la construction romanesque, Stefan Brijs donne chair à des personnages déchirants, portés par une intrigue ingénieuse qui surprendra le lecteur jusqu’à la dernière page.

     


    L’auteur parle de son roman

     

     

    QUELQUES CRITIQUES

    (articles et extraits)

      

    « Histoire vibrante et poignante de deux jeunes londoniens de quartiers populaires, ‘‘frères de lait’’ pris dans la tourmente de la Première guerre mondiale. »

     

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    A. Fillon, Livres Hebdo, 3 juillet 2015

     

    « Courrier des tranchées est un hymne aux mots, ceux qui vous transportent dans les livres, ceux qui vous transpercent le cœur en quelques lignes dans des froides missives officielles. Par ce prisme original, Stefan Brijs n'a pas écrit un livre de plus sur la guerre de 14, son propos est universel et touche directement à ce qui nous donne le courage de continuer à vivre, à travers le destin (la vie ou la mort) de ceux qui nous sont les plus chers. »

     

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    Témoignage chrétien, 17 septembre 2015

     

    « D'une belle écriture, d'une construction magistrale, cette histoire nous porte jusqu'au finale grâce à un suspense époustouflant. En filigrane, le lecteur partage l'amour et l'érudition de l'auteur pour la littérature, qui fait dire à un de ses personnages : ‘‘Un livre, ça doit nous amener à réfléchir. À modifier le regard que l’on porte sur la vie.’’ Ce chef d'œuvre en apporte la preuve. »

     

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    Les Échos, 11-12 sept. 2015

     

    « Ce roman foisonnant questionne avec une grande finesse les notions de courage, de lâcheté, d'héroïsme, de trahison et de patriotisme. L’intrigue est construite de telle manière qu’elle se nourrit constamment de la richesse et de la complexité des personnages et des rapports humains. La guerre elle-même devient un des personnages, un ‘‘actant’’, qui influent sur la destinée des uns et des autres. Un roman dont les péripéties ne doivent pas occulter la subtilité et l’immense sensibilité de la narration. »

     

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    Michel Paquot, L’Avenir, 18 septembre 2015

     

    « 590 pages qui nous tiennent en haleine jusqu’au bout !

    L’écriture de Stefan Brijs est si agréable que l’on tourne les pages sans s’en rendre compte. De l’émotion et des descriptions qui nous plongent dans le quotidien de John alors que l’Angleterre s’engage dans la Première guerre mondiale. »

     

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    Alexandre Fillon, Lire, oct. 2015

     

    « Ample, vaste et subtile, la plume de Stefan Brijs capte son lecteur dès les premières lignes, l'emportant dans le souffle de l'Histoire, l'abandonnant au terme de 591 pages, épuisé, troublé, comblé, heureux d'un récit haute voltige. Un grand, très grand, roman. » 

     

     

  • « De Flandre »

     

    Nouvelle collection

    aux éditions Tétras Lyre

     

     

    P. Bogaert, Passa Porta, 2014 (photo MHC)

    tétras lyre,liège,paul bogaert,els moors,traduction,poésie,kim andringa,la slalom soft,chants d'un cheval qui chavireLes éditions liégeoises Tétras Lyre lancent une nouvelle collection de poésie dédiée aux auteurs d’expression  néerlandaise, en particulier aux Flamands. Objectif affirmé : « lancer, en Fédération Wallonie-Bruxelles, un pont de passage et de dialogue entre deux communautés associées dans un même État fédéral ».

    En attendant une anthologie de l’œuvre de Charles Ducal, deux premiers recueils viennent de paraître : Chants d’un cheval qui chavire d’Els Moors et le Slalom soft de Paul Bogaert, dans une maquette de Mona Habibizadeh.

    Pour mettre la collection « De Flandre » sur de bons rails, Primaëlle Vertenœil et Gérald Purnelle se sont entourés de quelques connaisseurs en poésie flamande, à savoir Elke De Rijcke, Katelijne De Vuyst, Bart Vonck et Carl De Strycker.

     

     

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    Els Moors, Chants d’un cheval qui chavire, trad. Kim Andringa, postface Anneleen De Coux

     

     

    viens je dois entrer pieds nus

    dans la cerisaie

    qu’est ce monde

    et partager la récolte avec toi

     

    ce que tu veux cueillir le laisser

    reposer mûr dans tes mains

    jusqu’à ce que ça éclate

    comme par exemple

    ta bouche lubrique

     

    alors que je l’embrasse

    prenant l’empreinte

     

    de l’approche de la haute-saison

     


    Els Moors lit un de ses poèmes

     

     

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    Paul Bogaert, le Slalom soft, trad. Daniel Cunin et Paul Bogaert, postface Daniel Cunin

     

     

     

    Un cœur de maman, ça a des oreilles qui ne dorment jamais !

    Je veux dire

    un cœur de maman fait en toile de trampoline

    et en peau de chamois.

    Quiconque reproduit un cœur de maman

    et en mâche la copie une journée durant, hérite

    d’un poids démesuré.

    Quiconque hache la copie, quiconque la poêle menu,

    reçoit en retour de la fumée blanche

    en quantité et toutes les odeurs jusqu’à ce jour.

    Si l’on vient à détacher les agrafes

    d’un cœur de maman, il fait pop, il enfle,

    grossit, se fait bien trop gros, encombrant, tente

    pliée qui se démulplietiplie en un zeppelin

    lequel prend, effréné,

    une taille plus extrême encore et projette une ombre, ombre

    qui entend les enfants un à un, les suit sans bruit.

     

    extrait du poème « De là cet éclairage »

     

    Tom Van Imschoot s'entretient (en néerlandais) avec le poète Paul Bogaert au sujet des courts métrages que ce dernier a réalisé à partir de certains de ses poèmes

     

     sommaire du recueil le Slalom soft 

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