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Livres & Revues - Page 3

  • L’Énéide, roman d’heroic fantaisy

     

    Paul Veyne

    parle de sa traduction de L’Énéide

     

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    Virgile, L’Énéide, trad. Paul Veyne, notes Hélène Monsacré, Paris, Albin Michel / Les Belles Lettres, 2012

     

     

    Un entretien vidéo savoureux avec Paul Veyne

    à l’occasion de la parution de sa traduction de L’Énéide,

    une édition Les Belles Lettres / Albin Michel

     

    « J’avoue avoir entrepris une nouvelle traduction de ce texte en raison de l’évolution de la langue. Toutes les traductions ont besoin d'être revues une ou deux fois par siècle. Il y a eu deux traductions de l’Énéide aux Belles Lettres. La première avait un style académique du début du XXe siècle ; elle était le fait d’un académicien et elle n’est plus lisible aujourd’hui, même si elle reste encore très bonne. Il y en existe une autre dont je préfère ne pas parler… 
Alors qu’un grand nombre de chefs-d’œuvre du passé ont eu en leur temps un succès incroyable, ils sont devenus aujourd’hui illisibles. Je vous donnerai quatre exemples : le Don Quichotte en version intégrale, qui est à mourir d’ennui, Le Paradis perdu de Milton dont les Anglais eux-mêmes avouent que la lecture n’est pas passionnante, La Nouvelle Héloïse qui frôle le ridicule et Werther que Napoléon avait lu alors même qu’il ne lisait pas beaucoup ! Je suis parti de la conviction que l’Énéide faisait partie de ces œuvres dont le succès a été bimillénaire. Et de surcroît, il ne faut pas oublier que Virgile reste le grand poète de Baudelaire ! Cela m’a conduit à faire le pari que cette œuvre était encore intéressante à lire aujourd’hui. Je verrai si c’est vrai ou pas ! 
Elle est en effet intéressante à lire pour son aspect romanesque, ce côté film d’action très rapide. N’oublions pas ces scènes de bataille digne du Far West ! Et la fin de l’Énéide est un véritable péplum… Il faut également relever l’extraordinaire qualité de cette écriture qui est un genre à part, ce n’est plus de la prose. Des épreuves personnelles m’ont conduit à m’interroger sur un grand nombre de choses, et bien entendu la mort, et j’avoue qu’entreprendre une telle traduction a occupé suffisamment mon esprit pendant cette période… » (source)

     

    Paul Veyne et Hélène Monsacré à la librairie Guillaume Budé (22/11/2012) 

     

     

    une page de la préface

     

    Hélas, à moins d’avoir du génie, le traducteur en est réduit, comme je l’ai fait, à traduire en prose. Notre traduction, toutefois, a tenté de passer entre deux écueils : la tradition humaniste, ou plutôt scolaire, et le charabia. Gemere ne veut pas dire « gémir » (le verbe latin se dit des lions en colère), les « membres » (membra) d’une jeune beauté sont souvent son corps tout entier, ses « flancs » (latera) sont ses hanches et ses « tempes » (tempora) ne sont autres que son front, souvent ceint d’une couronne. Et puis chaque langue diffère d’une autre, n’a pas la même « structure », si bien que traduire fidèlement, c’est trahir. Or le latin a une particularité très étrangère à la langue française (et à bien d’autres) : l’ordre des mots y est libre. On peut mettre le verbe, le sujet, le complément où l’on veut, au début, au milieu, à la fin ; on peut mettre le complément avant ou après le complété, ou à plusieurs mots de distance du complété.

    Bellone (détail), Rembrandt, 1633

    l'Énéide,paul veyne,hélène monsacré,traduction,guillaume budé,albin michel,les belles lettresLe latin en effet est une langue « à déclinaison », où les noms changent de désinence selon leur fonction grammaticale ; on pouvait donc, sans risquer de confusion, écrire indifféremment « Pierre tue Paul » et « Paul tue Pierre », car Paul se disait Paulus s’il était l’assassin, et Paulum s’il était la victime. Cet ordre est rarement significatif d’une intention de l’auteur ; il facilitait la tâche des versificateurs. Si donc, par excès de vertu ou par esthétisme maniériste, on s’acharne inutilement, dans une traduction française, à suivre l’ordre des mots latins, on écrira (on a écrit plus d’une fois) un charabia, en trahissant ainsi son auteur, qui, s’il n’est autre que Virgile, est, dans sa langue, d’une exquise limpidité qui fait le tourment du traducteur.

    N’oublions jamais qu’il faut bien distinguer entre la langue et le style, entre ce qui s’impose à tout locuteur ou écrivain et ce qui relève de son libre choix. Ce qui est dans une langue une façon banale de s’exprimer doit être traduit par ce qui est banal dans l’autre langue, même si le mot à mot ou l’ordre des mots sont très différents. (p. 15-16)

     

    à lire, une Énéide revisitée : ici

     

     

     

  • Francis Jammes à Anvers et Amsterdam

     

    Cahiers Francis Jammes 1

     

     

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    Pour saluer la parution du magnifique premier Cahier Francis Jammes – qui explore entre autres les liens entre Georges Rodenbach et Francis Jammes (article de Jean-Louis Meunier) –, nous reproduisons ci-dessous quelques pages que le poète d’Orthez a consacrées, dans ses Mémoires (Les Caprices du poète), à sa visite chez Max Elskamp et à la ville d’Amsterdam d’où il a ramené un célèbre poème. Effectuant entre fin mars et début avril 1900 l’un de ses rares voyages à l’étranger, le jeune homme prend plusieurs fois la parole devant une assistance bien garnie. Son séjour à Bruges est en partie gâché par des bambocheurs qui l’empêchent de dormir. Il aura toutefois le plaisir de s’entretenir avec plusieurs confrères belges, dont Camille Lemonnier et Thomas Braun, lequel l’a accueilli chez lui à Bruxelles. Jammes croise aussi sans doute dans cette même ville Frantz Melchers, peintre néerlandais injustement oublié, qui avait illustré le poème On dit qu’à Noël quelques années plus tôt.

     

    Francis Jammes chez Thomas Braun à Maissin (Belgique) 

     

     

    couvJammesRomanvandeHaas.pngMax Elskamp ! J’ai dit quelle place je lui réserve dans la poésie et dans mon cœur. Ce fut si singulier, cette visite ! J’arrive devant une riche maison, ni belle ni laide, qui portait le numéro 138 du boulevard Léopold. On ne pouvait rien induire de sa façade, sinon, et c’est la vérité, qu’elle figurait l’ordre, le confort, l’honnêteté d’un intérieur commercial… Commercial, dans ce grand sens antique où les imposants vaisseaux ouvraient leurs ailes vers les Indes. Le père de Max Elskamp était, en effet, négociant. C’est lui qui me reçut avec une affabilité parfaite, me fit monter par de somptueux appartements jusqu’au troisième étage, m’introduisit dans la cellule de son fils. Aussitôt, avec un sourire plein de grave bonté, il se retira. J’avais devant moi un jeune homme que je savais me comprendre et m’aimer à travers mes poèmes, comme à travers les siens je l’aimais et le comprenais. Mais ce jeune homme, de cinq ans plus âgé que moi, venait d’ailleurs ; je veux dire :de terres inconnues à ma race. Cette figure géométrique, aux yeux bridés, ce corps anguleux et fin, ces pieds rejoints ainsi que des nageoires caudales, je ne les avais jusque-là observés que dans les gravures représentant ces peuplades vêtues d’épaisses toisons et vivant parmi les eiders et les phoques sur la banquise. Elskamp parlait fort bien notre langue, à voix basse. La pièce exiguë où il travaillait s’ornait de quelques palmes desséchées, de quelques armes exotiques lui rappelant les longs voyages qu’il avait accomplis sur mer, par goût, sur de périlleux voiliers, où tel le dernier des matelots, il manœuvrait, mangeait mal, couchait aufrancis jammes,anvers,amsterdam,max elskamp,poésie,traduction,georges rodenbach hamac. Du brumeux Anvers, il avait gagné la Sicile aux vins d’or, et de là passant les détroits, il avait rayonné sur d’étranges contrées dont il contait les mœurs. Auprès de ces panoplies étaient piquées au mur de nombreuses cartes célestes, et des tables toutes remplies de signes utiles à cette astronomie qui était sa passion, et dont il s’occupait, non en amateur, mais en savant. À côté de la presse à bras, qu’il avait établie lui-même, et où il tirait, sur de rares papiers, les chefs-d’œuvre simplifiés de ses dessins sur bois et de sa typographie, brillait, oblique et mystérieux, son télescope.

    « De même, Jammes, me disait-il, que vous affectionnez les fleurs que vous voyez revenir à des époques fixes, j’aime les étoiles dont j’attends le retour durant que le cycle de ma vie n’est point encore refermé. Celle que vous pouvez observer là, sur ce plan sidéral, ma sœur et moi la croiserons sans doute encore, ma pauvre sœur malade, mais il est écrit que mon père ne l’apercevra plus, même s’il devenait centenaire. Elle s’effacera, ce soir, à notre horizon, telle qu’une renoncule qui cesse de briller. »

    JammesKerkTitre.png[] Le peu que je visitai de la Hollande me donna un sentiment bien autre de grandeur que la Belgique, si j’excepte Anvers le merveilleux. Amsterdam me prit tout à fait. J’ai exprimé sa majesté dans un poème du Deuil des primevères. De même que Marseille est la porte de l’Orient, Amsterdam est la porte du Septentrion, mais ces deux villes se comprennent l’une l’autre. Amsterdam reluit comme un coffre d’ancien navigateur où seraient contenus les trésors des Mille et une Nuits. Des aras, semblables à des tulipes géantes, perchent dans l’ombre de ses salons solennels où trônent de larges femmes rubicondes. Isaac Laquedem passe dans la rue, se multiplie comme la Mère Gigogne ; de son manteau rouge et bleu sortent mille juifs et juivillons, vêtus le plus curieusement du monde, qui fourmillent sur le marché au bric-à-brac. Bonnets de loutre, képis, gibus, bonnets de coton, sarraus, tabliers, tuniques, plastrons d’escrimeur, dolmans de hussard, culottes de zouave, bottes marines, guêtres de laine, sabots, caoutchoucs, tout leur est bon pour se vêtir. Mais on ne peut qu’être ému par de vieilles faces où les rides s’inscrivent comme les caractères du Vieux Testament, ces paupières rouges, ces cheveux et ces barbes pareils aux toiles d’araignée du grenier de Pharaon, ces enfants dont les yeux brillent ainsi que des deniers, ces femmes superbes et calmes comme des vases patinés par le temps.

     

    Francis Jammes

     

     

    Francis Jammes en langue néerlandaise

     

    Korte levensschets van Guido de Fontgalland (La Vie de Guy de Fontgalland), adapté et augmenté d’une neuvaine par W. de Voort, La Haye, Cedo Nulli, 1931, 28 p.

    Kerk in bladergroen (L’Église habillée de feuilles), trad. et introduction Anton van Duinkerken, Utrecht, Spectrum, 1945, 56 p.

    Het crucifix van den dichter (Le Crucifix du poète), trad. Jos Nyst, illus. A.P. Stokhof de Jong, Heiloo, Kinheim, 1947, 85 p.

    De roman van de haas (Le Roman du lièvre), trad. Jean Duprés, Amsterdam, Van Oorschot, 1949, 51 p. 

    JammesDialogueMallarméTitre.pngUne traduction du Rosaire au soleil (Rozenkrans in het zonnelicht) a été réalisée sans jamais trouver déditeur. Par ailleurs, diverses publications contiennent un ou deux poèmes ou de courts passages de l’œuvre en prose en version néerlandaise.

     

    Le célèbre éditeur de Maastricht A.A.M. Stols a publié deux volumes de la correspondance de F. Jammes :

    Dialogue. Stéphane Mallarmé - Francis Jammes. 1893-1897, introduction et notes de G. Jean-Aubry, La Haye, Stols, 1940.

    Francis Jammes et Valery Larbaud, lettres inédites, introduction et notes de G. Jean-Aubry, Paris/La Haye, Stols, 1947.

     

     

    FrancisJammesFrieseKoerier1968.png

    article publié dans le Friese Koerier du 03/07/1968,

    année du centenaire de la naissace du poète

     

    Association Francis Jammes

     blog de Mikaël Lugan,

    directeur de publication des Cahiers Francis Jammes  

     

     

     

  • Deshima, n° 6


    De Anna Maria van Schurman à Rozalie Hirs

     


     

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    Anna Maria van Schurman


    Le dernier numéro de Deshima, revue d’histoire globale des pays du Nord, est largement consacré aux pays scandinaves à travers des dossiers portant sur le développement durable dans l’architecture et l’urbanisme et sur la littérature jeunesse. La rubrique « Savants mélange » invite ensuite le lecteur en Islande dans les pas de Xavier Marmier, à Paris dans ceux de Hans Christian Andersen et en Finlande dans l’œuvre de la peintre Helene Schjerflbeck.

    Les Pays-Bas ne sont toutefois pas oubliés : une visite, en 1652, de la Hollande savante, entre autres chez Anna Maria van Schurman, avec le grand érudit français Pierre-Daniel Huet, un article charnière dans la carrière de Johan Huizinga ainsi qu’un choix de poèmes de Vasalis et de la compositrice Rozalie Hirs*.

     

    Deshima, poésie, Pays-Bas, Scandinavie, Vasalis, Rozalie Hirs, Pierre-Daniel Huet, Xavier Marmier

     

     

     SOMMAIRE

     

    Thomas Beaufils & Thomas Mohnike : Préface


    Modèle nordique et développement durable

    Deshima, poésie, Pays-Bas, Scandinavie, Vasalis, Rozalie Hirs, Pierre-Daniel Huet, Xavier MarmierAurélie Choné & Philippe Hamman : Faut-il rendre la ville invisible ? Retours sur le « modèle nordique » d’urbanisme durable

    Philippe Hamman : Les ex- périences de « villes durables » nordiques en Europe. Visibilité et invisibilité d’un « modèle » d’action publique

    Karine Dupré : Ville ou quartier durable en Fin- lande. Entre modèle et fantasme

    Karen Hoffmann-Schickel : Le village du Père Noël de Rovaniemi : imaginaires du Nord, syncrétisme culturel et construction éco-touristique

    Giacomo Bottà : Sustainable Helsinki as a Reality and as a Cultural Representation

    Klas Sandell : Friluftsliv et allemansrätt : « vie au grand air » et droit universel d’accès à la nature en Suède : Identité, démocratie et inspiration éco-politique (trad. Emmanuel Curtil)

    Martin Kylhammar : Écologie et politique ? Et si l’on donnait la parole aux écrivains... (trad. Mélanie Hatava & Mélanie Louchard, révisée par Sylvain Briens)

     

    L’identité en question(s) dans la littérature de jeunesse scandinave

    Deshima, poésie, Pays-Bas, Scandinavie, Vasalis, Rozalie Hirs, Pierre-Daniel Huet, Xavier MarmierBente Christensen : L’argent et la vie : la littérature pour jeunes filles dans la Norvège de l’entre-deux-guerres

    Lena Kåreland : Les différents visages du pouvoir – classe, genre et sexualité. La littérature suédoise pour la jeu- nesse, 1985-2010

    Björn Sundmark : Guer- riers égarés : Les Vikings dans la littérature de jeunesse

    Catherine Renaud : Entre tradition, modernité et mondialisation, l’identité culturelle dans le livre pour la jeunesse danois contemporain

    Svante Lindberg : Performativité et ap- partenance samis et amérindiennes dans le roman pour la jeunesse. Ann-Hélen Laestadius (Suède) et Michel Noël (Québec)

    Annelie Jarl Ireman : La nouvelle Suède vue de l’intérieur. Jeunes en quête d’identité

     

    Savants mélanges

    Deshima, poésie, Pays-Bas, Scandinavie, Vasalis, Rozalie Hirs, Pierre-Daniel Huet, Xavier Marmier

    Pierre-Daniel Huet

    Guillaume Ducœur : Pierre-Daniel Huet et la Hollande : voyage, éru- dition et éditions

    Gaëlle Reneteaud : Évo- lution de la représentation de l’Islande et des Is- landais en France, l’apport du philologue et voyageur Xavier Marmier au XIXe siècle

    Kristina Junge Jørgensen : Hans Christian Andersen à Paris

    Anne-Estelle Leguy : Les visages d’Helene Schjerfbeck (1862-1946) – les traits contrastés d’une légende

    Johan Huizinga : De l’oiseau Charadrius (trad. Thomas Beaufils, Sébastien Pettoello, Guillaume Ducœur  & Martine Breuillot)

     

    Arts et lettres des pays du Nord

    Rozalie Hirs : Poèmes (trad. Kim Andringa & Daniel Cunin)

    M. Vasalis : Poèmes (trad. Daniel Cunin & Kiki Coumans)

     

    Pour se procurer le  numéro (392 p., 15 euros) : revue Deshima

     


    Deshima, poésie, Pays-Bas, Scandinavie, Vasalis, Rozalie Hirs, Pierre-Daniel Huet, Xavier Marmier* Les 10 poèmes de Rozalie Hirs publiés dans ce numéro sont extraits de Geluks- brenger (2008). Nous proposons ci-dessous un poème en néerlan- dais et sa version an- glaise tels qu’ils figurent dans le récent recueil ge sta mel de werken (Amsterdam, Querido, 2012) : il s’agit du premier volet d’une série qui explore les règles intrinsèques du néerlandais et de l’anglais – par le moyen de structures syntaxiques – à partir de groupes  lexicaux  présents dans le poème [0].

     

     

    het wil en wil je

     

    [0]

     

     

    het wil en wil je tegen die boom daar

    zien van hoe je stam bloeit in parels

    vochtigst zaadbad weg te drinken grasland

    in zeven sloten langs het tafelblad tegelijk

    onze handen elkaar te grazen trapgat

    nemen roekeloos waar met ons het roer om

    en om zonder een lettergreep knoppen

    betasten de jij en jij die wij bloot in het verwogen

    verhemelte weg te gaan aangroeien

    tot duizend sterren wegschietende

    hemelen er binnenin wegen

    tegen een huidrots van water?

     

     

     

    long at present longing

     

    [0]

     

     

    it wants and will you against that tree there

    look away from your stem blossoming pearls

    wettest bath of seeds drink pastures

    seven streams along the tabletop at once

    meadowing our hands into a daredevil stairwell

    turn the helm to where with us around and around

    without a syllable feel buds uncovering

    the you and you of us stirred bare in the palate

    go to grow away into a thousand stars

    expulsion of heavens inside as to weigh

    against the skinrock of water?



    deux reproductions du tableau de Helene Schjerfbeck, Park Alley, 1882-1884 (détails), Ostrobothnian Museum, Collection Karl Hedman (Pohjanmaan Museo) (©: Vaasa, Ostrobothnian Museum, Collection Karl Hedman).


     

  • Le Monastère des deux saints Jean

     

     Un récit d’Alexis Curvers (1967)

     

     

    Dans le Sinaï, deux voyageurs en quête d’aventures découvrent un mystérieux couvent copte. Le frère Jean leur révèle que ce monastère est le champ où s’affrontent les deux saints Jean, l’Évangéliste et le Baptiste, et leurs adeptes. Une parabole où se mêlent mystique et sensualité.

     

     

    Alexis Curvers, Actes Sud, L'Agneau Mystique, Gand

     

     

    POINT DE VUE DE L’ÉDITEUR

     

    Né à Liège en 1906, Alexis Curvers connut le succès en 1957 avec Tempo di Roma (Laffont, Pavillons). Mais avant d’atteindre à cette notoriété, sanctionnée par le Prix Sainte-Beuve, il avait écrit plusieurs ouvrages, en même temps qu’il animait la littérature du pays liégeois. Le récit que voici, en forme de parabole, révèle donc un autre aspect du talent chez cet écrivain inspiré comme Marguerite Yourcenar par ses études classiques, hanté comme Julien Gracq par le désert et la solitude, fasciné comme Paul Gadenne par la rencontre de la mystique et de la sensualité. Car c’est bien à leur monde qu’il appartient.   (Hubert Nyssen)

     

     

    Écouter le début du récit lu par Hubert Nyssen : ICI

     

     

    UN EXTRAIT – L’Agneau Mystique

     

     

    alexis curvers,actes sud,l'agneau mystique,gandBien qu’il y eût foule à Saint-Bavon, nous passâmes la journée entière dans la chapelle de l’Agneau Mystique. Jean ne prétendit pas en sortir, même durant les offices, quand le polyptique était fermé. Il restait à méditer les volets extérieurs avec autant de ferveur que les éblouissants panneaux intérieurs qu’un sacristain redéployait dans l’intervalle des messes. Et pour cause : à l’extérieur étaient peints les deux saints Jean, côte à côte, non comme des êtres vivants, mais sous l’aspect de deux statues de grandeur naturelle. Jean nous dit que cette pétrification, imitée de la sculpture d’église, n’était qu’un artifice destiné à donner le change sur la véritable pensée du peintre : quoi de plus irréprochable que ces statues d’autel ? L’insolite était qu’elles fussent plantées là, sans raison visible, entre le donateur et la donatrice agenouillés comme en adoration devant elles.

    Jean ne nous dit plus mot de la matinée, attendant patiemment que s’écoulassent les flots successifs des paroissiens alternant avec les touristes. À la fermeture de l’église, nous allâmes déjeuner d’un waterzoei qu’il dégusta de bon appétit. À la réouverture, le sacristain crut avoir la berlue en le reconnaissant à nouveau au pied du retable, dans la chapelle à présent désertée. Au retour seulement, nous l’interrogeâmes.

    – Vous avez des yeux, nous dit-il, l’Occident a des yeux et il ne voit point. Mais vous êtes maintenant assez avertis pour déchiffrer ce polyptyque, d’ailleurs splendide, sans que mes explications vous soient encore utiles.

    alexis curvers,actes sud,l'agneau mystique,gandIl nous résuma cependant, mais d’assez mauvaise grâce, quelques observations qu’il avait cursivement notées. Nous dûmes ainsi convenir que les panneaux intérieurs du retable sont peints tout à la gloire et pour l’apothéose du seul Jean-Baptiste. Il y trône au ciel à côté de Dieu, tandis que sur la terre l’Évangéliste se laisse à peine deviner parmi les Apôtres et les Docteurs qui l’environnent en foule. Contrastant avec cet anonymat, une inscription très claire décore le trône céleste du Baptiste, lequel y est qualifié de « plus grand que l’homme, égal aux anges » et de « lampe du monde » ; la phrase est tirée d’un sermon de saint Pierre Chrysologue, évêque de la cour de Ravenne, catholique mais longtemps ami de l’hérétique Eutychès et lui-même arianisant, comme presque tout le monde l’était plus ou moins consciemment dans ce dernier siècle de l’Empire romain.

    Le Dieu qui règne au sommet du tableau est-il Dieu le Père ou Dieu le Fils ? La question na jamais été tranchée. D’après notre ami, ce ne serait ni l’un ni l’autre, parce que c’est l’un et l’autre : le Dieu unique sans distinction de Personnes. La personne du Fils n’est que figurée par l’Agneau élevé sur un autel à l’arrière-plan du paysage terrestre. Autour de l’autel, des anges ailés forment un cercle d’adorateurs. Mais au premier plan se dresse triomphalement une fontaine à l’eau jaillissante, et c’est vers elle que se tournent les visages, que se porte l’attention et que se dirigent les pas des innombrables personnages de toutes sortes dont les quatre coins du tableau sont peuplés : pas un d’entre eux n’a seulement un regard pour l’Agneau. Il résultait de là qu’il n’a pas fallu moins qu’un prodigieux trompe-l’œil pour suggérer le nom d’Adoration de l’Agneau, communément donné à cette composition qui s’appellerait plus justement l’Adoration de l’eau. Le centre géométrique en est d’ailleurs le sommet de la fontaine. Tout converge vers ce point où resplendit la statuette dorée d’un ange, en lieu et place de la croix qu’on y attendrait.

    réédition Espace Nord (2008)

    alexis curvers,actes sud,l'agneau mystique,gandBien plus, la croix du Christ ne se rencontre nulle part dans tout l’ensemble du polyptyque. Le peintre y a pourtant semé nombre de croix, mais toutes petites, grecques ou pattées, et ne servant que d’accessoires et d’ornements ; plusieurs sont en forme de tau, symbole imparfait, décapité de la branche supérieure par où descend la grâce du ciel. Même la croix figurant parmi les instruments de la Passion portés par les anges qui entourent l’Agneau, même cette croix du Calvaire est douteuse : on ne sait si l’écriteau qui la surmonte au ras de la transversale est ainsi placé pour cacher la branche supérieure de la verticale, ou pour en masquer l’absence. De telles ambiguïtés sont-elles sans intention ?

     

    Tempo di Roma et Le Monastère des deux saints Jean

     d'Alexis Curvers, présentés par Christian Libens