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flandres-hollande - Page 13

  • Le Juif et les révolutionnaires

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    Alexandre Cohen passe à l’attaque

     

     

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    Alexandre Cohen et sa mère Sara Jacobs, 1868

     

    Il y a 150 ans, jour pour jour, naissait Jozef Alexander Cohen – plus connu sous le nom d’Alexandre Cohen – à Leeuwarden, en Frise. À cette occasion, nous reproduisons quelques documents dont l’un des premiers textes que l’anarchiste a publié en français un peu plus de six mois après son installation à Paris, alors qu’il avait fui son pays natal et qu’il avait été expulsé de Belgique.

    Attaque2.pngPublié le 5 janvier 1889 dans L’Attaque. Organe So- cialiste Révolutionnaire, l’arti- cle dénonce, avec la fougue que lon connaît au Néerlan- dais, lantisémitisme de la gauche radicale française ; il est dirigé contre un fidèle collaborateur de ce même hebdomadaire. Émile Violard, qui devait donner l’ouvrage Le banditisme en Kabylie (1895) puis plusieurs études sur la Tunisie, avait en effet, une semaine plus tôt, fourni une contribution intitulée « En Algérie. Le Juif » (L’Attaque, 29 décembre 1888) qui commençait par ces lignes « C’est là la vraie plaie de l’Algérie. Partout on rencontre le Juif, on le sent dans tous les coins ; ça grouille, ça remue, ça foisonne ; ça vend son vote, ses complaisances, comme Esaü vendait son droit d’aînesse », se poursuivait en enfonçant le clou : « Étonnez-vous, après cela, des émeutes périodiques dirigées contre les marchands de lorgnettes. Mais ce qui nous surprend, nous, c’est que tous ceux qui ont dans les veines autre chose que de l’orgeat, Français ou Arabes, n’aient pas encore jeté à la mer ces fils d’Israël, ces accapareurs du commerce et de la finance, ces crapuleux mendiants qui s’approprient au moyen de complaisances coupables, les plus belles propriétés de l’Algérie ! »,  avant de se terminer par des invectives empruntées à La juiverie algérienne (1888), livre d’un autre socialiste anarchiste, Fernand Grégoire : « Mort aux Juifs ! Arrière le peuple de Jéhovah ! »

     

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    LE JUIF ET LES RÉVOLUTIONNAIRES

     

    L’Attaque est véritablement révolutionnaire, c’est-à-dire essentiellement indépendante : je puis donc y écrire quelques lignes en réponse à une étude sur le Juif en Algérie du citoyen Émile Violard paru dans le dernier numéro du journal.

    Pourquoi pousser un cri de haine contre le Juif et vouloir l’extermination de sa race ?

    Athée et socialiste révolutionnaire, d’origine israélite, — juive si vous voulez, – je déteste et hais dans n’importe quel peuple, n’importe quelle race, n’importe quelle classe, la rapacité, l’usure et le vol, bref tous les vices dont la pourriture de la société actuelle est la seule et unique cause. Mais de là à exiger la mort d’une race, d’un peuple entier, il y a loin. Supprimez la propriété individuelle — qui est la cause — et les conséquences disparaîtront for- cément avec elle.

    Nous autres, révolutionnaires, nous luttons jour- nellement contre les maux de la société, et c’est là notre devoir, mais nous n’avons pas le droit, — et moins que n’importe qui, humanitaires que nous sommes — de poursuivre de notre haine, de notre mépris, les victimes des institutions sociales.

    A. Cohen (1894)

    attaque3.pngPour les Juifs, qui, pendant de longs siècles ont été per- sécutés, humiliés, chassés de partout, enfermés comme des pestiférés dans les ghettos et de force séparés des autres peuples, et qui, dans ce dix-neuvième siècle, sont encore contemplés comme une race inférieure, la seule revanche, la seule compensation dans le Moyen Âge, a été : amasser de l’or, dominer par les richesses acquises leurs im- pitoyables persécuteurs, les voir à leurs pieds.

    Aux Indes Néerlandaises, les Chinois jouent encore aujourd’hui le même rôle envers les pauvres Javanais, que le gouvernement de rastaquouères des Pays-Bas leur livre corps et âme, pour les voler et les empoisonner avec de l’opium. Le trésor néerlandais se trouve très bien de ces libéralités et les fonctionnaires du dit gouvernement aussi. Mais est-ce que cela nous autorise à demander l’extermination des Chinois et à vouer à l’anéantissement toute la race jaune ?

    Dans cette époque de putréfaction bourgeoise et de vomissure boulangiste, les consciences se troublent. Certains socialistes, oubliant les juifs Spinoza, Heine, Marx et Lassalle, semblent revenir à des idées et des théories victorieusement réfutées, même par les précurseurs de la bourgeoisie du siècle dernier. La conception esclavagiste « des races supérieures et des races inférieures » est irrévocablement condamnée par les socialistes. Elle ne saurait donc être émise aujourd’hui, vingt-quatre ans après la fondation de l’Internationale, où les paroles inaugurales de cette association de travailleurs furent qu’on poursuivrait l’égalité de tous les êtres humains, sans distinction de race, de couleur et de sexe.

     

    ALEXANDRE COHEN

    L’Attaque, 5 janvier 1889

     

     

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    gravure sur bois de Georges Rohner illustrant l’édition originale d’In opstand (1932), premier volume des souvenirs de Cohen    

     

     

     Dans la tourmente :

    A. Cohen salué en tant que traducteur

      

    En 1893, A. Cohen a transposé en français sous le titre Âmes Solitaires la pièce de Gerhart Hauptmann Einsame Menschen que Lugné-Poë souhaitait monter ; le Hollandais connaissait le metteur en scène depuis un certain temps et faisait partie des figurants – « avec Fénéon, avec Barrucand, avec plus ou moins tous les collaborateurs de L’En-dehors, et avec une équipe de fidèles du Père Peinard » – du quatrième acte de L’Ennemi du peuple d’Ibsen joué le 11 novembre de la même année. Au moment de la « première » dont parle le jeune critique bruxellois Hippolyte Fierens-Gevaert (1870-1926) dans la chronique ci-dessous, Cohen venait d’être arrêté dans le cadre de la répression des menées anarchistes qui, à la suite de l’attentat de Vaillant du 9 décembre 1893 au Palais Bourbon, devait déboucher sur le retentissant Procès des Trente ; qui plus est, le Préfet de police n’allait pas tarder à interdire la représentation d’Âmes Solitaires. Dans un volume de ses souvenirs (In Opstand), le publiciste précise, non sans se tromper légèrement sur la date : « L’interdiction portait moins d’ailleurs sur la pièce que j’avais traduite que sur la personnalité du traducteur qui, le soir de la générale, le 15 ou le 16 décembre, était sous les verrous. » Des auteurs, dont Paul-Napoléon Roinard et Zola, allaient semployer en faveur du Hollandais.

    alexander cohen,alexandre cohen,anarchisme,antisémitisme,emile violard,algérie,l'attaque,frise,leeuwarden,anniversaire,pays-basToute cette affaire a occupé un certain temps les parle- mentaires français. Plusieurs périodiques – entre autres Les Annales politiques et littéraires du 28 janvier 1894 – rapportent que « sans une histoire de lettres saisies par la police chez M. Alexandre Cohen, et contre la lecture desquelles les socialistes et l’extrême gauche ont vivement protesté », la prise de parole par le député, médecin et écrivain Paul Vigné d’Octon (1859-1943), n’eût probablement pas fait beaucoup de bruit. « L’auteur de Chaire noire et d’Eternelle blessée a raconté, non sans esprit d’ailleurs, la pièce de Gerhart Hauptmann.  C’est une espèce de drame bourgeois, où les personnages échangent des vues sur l’amour immatériel, et qui met en scène léternelle lutte du devoir et de la passion. Elle n’a rien de bien subversif en soi ; elle est peu dangereuse et comme l’a très spirituellement dit M. Denys Cochin : ‘mieux valait la laisser jouer, elle ne l’eût pas été longtemps ; au bout de quelques représentations les âmes solitaires auraient été celles des spectateurs’’. » Ces mêmes journaux de caricaturer les opinions du Hollandais, inconditionnel de toujours de la France : «  Ce que l’on a voulu surtout, en l’interdisant, c’est empêcher une manifestation des anarchistes, prévenir une apothéose que nous aurions à regretter. En effet, M. Alexandre Cohen professe à l’égard de la France, cette France si généreuse pourtant, si accueillante aux étrangers, des sentiments profondément hostiles. Dans les lettres de lui qui ont été lues par le ministre de l'intérieur, il dit ‘qu’il n’a pas assez de crachats pour elle’’, il bafoue l’alliance russe, il traite le maréchal de Mac-Mahon, de ‘vieil équarrisseur’’ et ces injures ne sont pas les moindres ; il en est dans sa correspondance, de plus grossières, de plus odieuses : nous les passons, par respect pour le lecteur. »

     

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     Le Journal des débats politiques et littéraires, 14 décembre 1893

     

     

     

    L’article suivant évoque le séjour en prison qu’a effectué Cohen à Amsterdam en 1896-1897, après son exil londonien et l’annulation de sa condamnation à 20 ans de travaux forcés : « M. Alexandre Cohen, ce jeune homme de lettres hollandais, traducteur des œuvres de Gérardt (sic) Hauptmann, qui fut expulsé comme anarchiste, puis compris dans le fameux procès des Trente et condamné par défaut à vingt ans de travaux forcés, était revenu récemment en France pour se faire juger sérieusement. Avant-hier, il comparaissait devant la cour d’assises et était acquitté sans grands débats. Mais si M. Cohen a été absous par les jurés, il ne l’a pas été par la police… » (« Expulsion d’Alexandre Cohen. Après l’acquittement, ré-expulsé », Le Radical, 2 septembre 1895).

    Multatuli, par F. Vallotton, La Revue Blanche, 1896

    alexander cohen,alexandre cohen,anarchisme,antisémitisme,emile violard,algérie,l'attaque,frise,leeuwarden,anniversaire,pays-basLa plaidoirie de Me Georges Desplas ainsi que les explications par forcément sincères du prévenu (« Interrogé par le président, il s’est exprimé à peu près en ces termes : ‘Je suis Hollandais. Condamné à six mois de prison pour crime de lèse-majesté envers le roi des Pays-Bas, j’ai passé en Belgique, puis je suis venu en France, j’ai collaboré à l’En-dehors, toutefois je n’y ai écrit qu’un seul article. J’ai connu intimement Fénéon et Kampffmeyer, mais dans mes entretiens avec eux il n’a jamais été question d’anarchie. Au moment du procès des XXX, j’étais expulsé de France, j’habitais Londres, j’ai vainement demandé un sauf-conduit pour venir me défendre à côté de mes camarades, que vous avez acquittés. Aujourd’hui, je fais appel à votre justice.’’ » [« L’un des Trente », Le Radical, 1er septembre 1895]) l’emportèrent donc sur le réquisitoire de l’avocat général qui n’avait pourtant pas omis de rappeler l’amitié qui liait Cohen à Émile Henry.

    En novembre 1887, arrêté à La Haye pour majesteitsschennis (insulte à l’égard de la personne du roi Guillaume III qu’il avait traité de « Gorille ! »), l’anarchiste avait été condamné à six mois de prison, peine qu’il n’effectua donc que près de dix ans plus tard puisqu’il avait, à l’époque des poursuites, fui la Hollande. Le chroniqueur salue l’action de Cohen en faveur des lettres bataves ; il allait bientôt donner des pages de Multatuli à la Revue blanche. 

     

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    Le Radical, 1er septembre 1896 / 15 Fructidor an 105

     

     

     

  • Aux royaumes de Slauerhoff

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    Le texte qui suit a paru

    en guise de postface au Royaume interdit

    (Belval, Circé, 2009, p. 177-185),

    traduction française du roman

    Het verboden rijk (1932)

    de J. Slauerhoff.

     

     

    Aux royaumes de Slauerhoff

     


    Slau5.pngFévrier 1927. Sur le Tjimanoek, bâtiment qui assure la liaison entre Java, la Chine et le Japon, le médecin de bord assiste Mme Cameiros da Silva qui accouche. Il a les plus grandes peines du monde à extraire le fœtus, mort dans le ventre de la mère. Celle-ci va tout de même survivre. Quelque mois plus tard, en juin, lors de son second séjour à Macao, ce même méde- cin rend visite aux époux Da Silva ; le mari, pour remercier le praticien néerlandais d’avoir sauvé sa femme, lui offre une édition des Os Lusíadas. Cinq ans après, dans les premiers numéros de Forum, revue cofondée par Eddy du Perron, voit le jour aux Pays-Bas le roman Le Royaume interdit dans lequel tant la ville de Macao que la vie en mer et l’auteur des Lusiades occupent une place primordiale.

    slau26.pngL’idée initiale de ce roman, le polyglotte Jan Jacob Slauerhoff (1898-1936) n’a pas attendu de lire (ou relire) Camões pour l’avoir. Entre septembre 1925 et septembre 1927, profitant de ce que les bateaux sur lesquels il servait mouil- laient dans différents ports chinois ou encore à Hong-Kong et Macao – à 4 heures de distance l’une de l’autre à l’époque –, il a rassemblé des éléments qui lui serviront à composer une part essentielle de son œuvre, les poèmes, nouvelles et romans « chinois ». Ainsi, dès 1928, Macao devient le titre de l’un des cycles du recueil Oost-Azië. Certains poèmes de la plaquette française, Fleurs de marécage (1929), évoquent eux aussi, non sans nostalgie, cette ville singulière au glorieux passé, en partie éteinte, que l’écrivain préférait à la moderne Hong-Kong. En feuilletant le journal que Slauerhoff a laissé, les notes qu’il a prises au cours de différents voyages, sa correspondance ou encore des esquisses de nouvelles dont certaines remontent au tout début 1927, on relève maints passages qui figurent, sous une forme plus ou moins retravaillée, dans Le Royaume interdit. Par exemple, des éléments autobiographiques sur la traversée de Hong-Kong à Macao resurgissent dans l’évocation du radio de bord, personnage sans nom, qui embarque alors qu’il est hanté par l’esprit de Camões. Il est probable toutefois que l’édition des Os Lusíadas ait aidé Slauerhoff à préciser la place à donner au poète portugais dans son histoire.

     

    Slau16.pngEn plus d’être un roman sur l’éternelle errance – c’est là, disons-le d’emblée, le thème central de toutes les œuvres de celui qu’on a pu baptiser « la catastrophe errante », ce médecin incapable de se fixer sur le continent, cet amant tou- jours en chemin vers une autre femme, vers la même femme, à l’image du marin de la nouvelle « Larrios » du recueil Écume et cendre (1930) –, Le Royaume interdit présente la singularité de déboussoler le lecteur qui se trouve dans l’impossibilité de ranger le roman dans une catégorie précise, en raison des variations permanentes de perspective qu’il offre au plan narratif comme au plan temporel et de la dimension onirique et démoniaque de nombre de ses pages. Quiconque croit, au bout de quelques-unes d’entre elles, avoir ouvert un roman d’aventures risque de rester à quai ; de même, on est loin du roman historique, du roman psychologique, voire du roman exotique pourtant prisé à l’époque. Qui est qui ? Qui parle ? Qui écrit au juste ? Comment le grand poète portugais, banni de son pays au XVIe siècle, peut-il revenir au XXe pour tenter de se glisser dans le corps d’un banni plus ou moins volontaire ? Quel est le rapport entre ce Camões désabusé, qui a laissé des mots et des vers qui ont fait le tour du monde, et le radio de bord qui envoie pour sa part des mots codés dans les airs ? Comment expliquer tous les parallèles entre ces deux existences que séparent plusieurs siècles, l’origine sociale, la langue maternelle… ? Parallèles qui par endroits rapprochent les deux solitaires misanthropiques au point de les confondre – métempsychose ? –, par exemple dans la scène ou le radio de bord se retrouve devant la célèbre église São Paulo de Macao, dont ne se dresse plus que la façade :

    slau11.pngVitraux élevés, porte fermée ; il fit un petit tas de pierres, se hissa sur le rebord d’une des fenêtres, se pencha et vit que derrière cette façade l’église était dévastée ; il regarda le vide pavé de pierres tombales. Des vautours se tenaient sur les vestiges de bancs. Il se laissa tomber, les oiseaux s’envolèrent, l’un d’eux passa tout près de lui, il trébucha sur un bloc de pierre puis s’étala dans une stalle vermoulue. Empêtré dans une masse de bois mou, il se débattit, la vermoulure lui bouchait les yeux et le nez. Étouffant, il parvint tout de même à se remettre sur ses jambes. Entre-temps, l’église s’était relevée, elle était pleine de silhouettes qui allaient et venaient, la plupart montaient sur des bancs entassés sous les fenêtres et, par ces ouvertures, déchargeaient de lourds mousquets. Devant l’une d’elles, un vieux moine était en train d’actionner un canon. Par intermittence, une balle sifflait dans l’église. Il se tenait près de l’autel. Un homme en bel uniforme, mais le crâne orné d’une couronne de cheveux argentés, lui remit, au nom de Dieu, un lourd fusil. Il gagna une fenêtre, laissa ses doigts aller et venir sur le canon et la platine rouillés. Des balles étaient posées sur le rebord de la fenêtre. Il regarda en contrebas le versant de la colline : des silhouettes tentaient de gagner l’endroit où était édifiée l’église, et il en tombait sans cesse ; il se mit à tirer machinalement dans le tas. Son épaule encaissait le recul de l’arme, mais il n’entendait pas les coups partir ; après quelques secondes, il voyait une flamme vaciller sur son lourd mousquet.

    Slau3.pngLa façon dont Slauerhoff traite la fondation de la ville de Macao et le destin des différents personnages – outre les deux protagonistes, deux belles femmes, des officiers, des ecclésiastiques, le roi du Portugal… – ont amené certains commentateurs, bien des années après la publication, à regarder Le Royaume interdit sous un nouveau jour : ils ont renoncé à affubler l’écrivain-médecin et son œuvre de l’étiquette « (néo)-romantique ». En s’écartant des modes narratifs habituels, en mettant l’accent sur une tentative de prise de conscience, en violant les schémas chronologiques et spatiaux traditionnels, en proposant aussi une fin ambiguë, le roman présente en effet une indéniable teneur expérimentale, moderniste, et, en Hollande, s’inscrit d’une certaine façon, par son aspect novateur, dans la lignée du Max Havelaar (1860) de Multatuli. Tout bien considéré, la part romantique des créations de Slauerhoff réside essentiellement dans l’importance accordée à l’occultisme.

     

    Slau13.pngUne autre question surgit lorsqu’on referme son premier roman : Qu’est au juste ce royaume interdit ? Le Portugal dont Camões est chassé ? La Chine, à la fois fascinante et exas- pérante, où ni lui ni les autres Européens ne par- viennent à se faire une place ? Le royaume britannique auquel le jeune Irlandais n’appartiendra jamais ? L’univers féminin ? Diana ? Pilar ? – femmes d’autant plus inaccessibles qu’elles ne sont pas libres de choisir leur amant, leur époux ? Les Chinoises qui se vendent ou que les Portugais épousent faute de mieux ? Le passé trop révolu ? Le présent plus que fuyant ? L’autre, cet autre que Camões assiège ? Soi-même ? ce soi-même qui échappe en permanence au personnage sans nom ? Et pourquoi ne serait-ce pas aussi, et tout simplement, le bonheur ? Bonheur insaisissable pour un être qui n’a plus aucun port d’attache…

     

    slau25.pngDu Portugal, Slauerhoff ne connaissait pas seulement la lointaine Macao. Il en lisait la littérature, il a traduit quelques œuvres portugaises. Dans la revue Forum, son roman était dédié à Albino Forjaz de Sampaio, homme de lettres qu’il connaissait et qui venait de publier, dans son História da literatura portuguesa illustrada, une photo du Hollandais près de la grotte de Camões à Macao. Lors de la sortie du Royaume interdit en volume, le nom de cet écrivain ne figure plus qu’en tête du prologue : Slauerhoff a décidé entre-temps de dédier le livre à D., la belle danseuse Darja Collin, qu’il avait épousée en 1930 et dont il divorcera peu après. Lors de ses innombrables voyages, le futur romancier a eu à plusieurs reprises l’occasion de se familiariser avec Lisbonne. C’est d’ailleurs lors de son premier séjour au Portugal (été 1922) qu’il va choisir de vivre la vie errante de médecin de bord. Autant d’éléments qui expliquent en partie le choix de mêler Portugal et Chine dans une même œuvre – Portugal duquel ne subsistent pas même les ruines de son glorieux passé, Chine avec laquelle Jan Jacob se sent beaucoup d’affinités même si certains jours, l’Extrême-Orient, comme le reste, l’exaspère. Lisant six ou sept langues, Slauerhoff va toutefois puiser à d’autres sources que l’œuvre de Camões pour élaborer Le Royaume interdit : l’Historic Macao, de C.A. Montalto de Jesus, lui offre mille données factuelles ; Das Leiden des Camoes, oder Untergang und Vollendung der portugiesischen Macht, de Reinhold Schneider, quelques éléments architectoniques importants pour structurer le récit. Zarathoustra aussi est présent. Il est passionnant de relever les emprunts que fait l’écrivain et surtout le peu de scrupule qu’il a à les tordre : il déforme les faits historiques, de même qu’il emploie des orthographes parfois fantaisistes pour les noms propres, place les événements dans un contexte et un siècle différents de ceux dans lesquels ils se sont déroulés – ces trahisons lui permettant entre autres de jouer plus facilement avec la temporalité et de se jouer de la logique à laquelle le lecteur aime se raccrocher. Au bout du compte, la teneur historique du roman présente autant d’incertitudes et de zones d’ombre que la vie de Camões.

    slau20.pngEn 1935, toujours dans la revue phare Forum, Camões et le radio de bord irlandais vont resurgir : la nouvelle « Dernière apparition de Camões », sorte de chapitre final du Royaume interdit, jette un éclairage sur les liens singuliers tissés, sous la plume de l’éternel insatisfait Slauerhoff, entre le radio de bord narrateur et le poète portugais devenu borgne : alors que le premier dit avoir cherché en vain à revoir Camões qu’il a, tour à tour, vénéré, plaint et méprisé, ce dernier, dans un triste état, lui rend visite une nuit à Kwang Tun. « Mieux vaut avoir vécu, dit le Portugais, même au milieu des catastrophes, que de passer et repasser sur la vie, à la recherche de quelque chose qui n’est pas et qui ne laisse aucune trace. Les catastrophes sont utiles en ce sens qu’elles permettent de détourner le regard de toute l’horreur qui bée derrière chaque existence. […] Laisse-moi vivre quelques instants dans ton corps et faire l’expérience de la vie terrestre que j’ai omis de vivre. » Excédé, le radio narrateur refuse de se soumettre : « Je veux m’oublier dans d’autres personnes. Or, c’est impossible tant que je t’ai devant moi ou autour de moi. » Alors qu’il parvient à ouvrir la porte pour mettre Camões dehors, apparaît sous ses yeux non pas le palier mais une vision du tremblement de terre de Lisbonne. Il rejette toutefois tout ce qui se rapporte au passé, refuse de servir une grandeur quelconque car il en connaît le caractère provisoire : « … je préfère vivre dans le vide glacial qui s’est formé autour de moi ».

    T. Corbière
    slau23.pngDerrière le Camões du Royaume interdit se cache sans doute un autre poète. Car les auteurs que Slauerhoff a le plus lus et le plus appréciés, ce sont les poètes français de la seconde moitié du XIXe siècle, en particulier les « poètes maudits ». Il cultivait un lien très étroit avec la France (Paris, Bordeaux, Nice, Marseille, Grâce, Annecy sont autant de villes où il a séjourné plus ou moins longuement), avec la langue et les lettres françaises. Lycéen, étudiant, auteur débutant, il lui est arrivé de publier des poèmes écrits en français. Il a appris notre langue dès l’école primaire – 6 heures par semaine la dernière année, plus que n’importe quelle autre matière ! –, a suivi avec passion au lycée les cours d’un Français, M. Doucet. Au fil des ans, Slauerhoff traduira des poèmes et des textes d’auteurs qu’il admire (Villon, Samain, Verlaine, Laforgue, Corbière, Jarry, Baudelaire, Segalen…) ; il consacrera à certains un poème, un article ou un essai (Samain, Laforgue, Verlaine, Jarry, Mallarmé, Rimbaud, Corbière, Henri de Régnier, Raucat…). Il s’intéressa aussi à des romans, des récits, qui portent sur la vie d’aventurier, les pirates, la vie en mer ou encore sur la Chine (Jules Verne dès l’enfance et Loti à l’adolescence, plus tard Cendras, Mac Orlan, Thomas Raucat, Kessel, Albert Gervais, Alain Gerbault…). Quand il part en mer, il laisse de l’argent à la librairie parisienne Le Divan pour se faire envoyer des ouvrages ; dans les pays lointains où il trouve une librairie, il achète nombre de livres français. Son deuxième recueil, Clair-obscur (1927), où le passé se fait déjà obsédant à travers la figure de Clotaire, l’évocation de Versailles ou encore la fin de siècle, est imprégné de la lecture de Verlaine et de Henri de Régnier. Mais le poète qui accompagnera peu ou prou Slauerhoff la seconde moitié de son existence, c’est bien Tristan Corbière, très présent dès le premier recueil, Archipel (1923 et plus encore dans la réédition de 1929). Quand une revue lui demande les six livres qu’il emmènerait sur une île déserte, il mentionne un titre de Rilke, un de Poe, deux de poètes néerlandais ainsi que la Bhagavad-Gîtâ et Les Amours jaunes. En août 1923, Slauerhoff se rend en pèlerinage à Morlaix ; s’il visite aussi Charleville, Rimbaud lui paraît intouchable (il ne traduira aucun de ses poèmes, mais écrira une longue série de quatrains inspirée du Bateau ivre). C’est avec Corbière que l’identification sera la plus forte – elle est formulée dans un des poèmes où il dit se nommer Corbière, « moi, Chevalier errant des hautes mers, moi, Don Quichotte des mers ». Slauerhoff m’a avoué, écrira Eddy du Perron, « qu’il retrouvait tant de lui-même en Corbière qu’il s’est cru un temps possédé par lui ». Au point de penser qu’il était une « incarnation » du Breton.

     

    slau17.pngDans Le Royaume interdit, entre Chine, Irlande, Portugal et immensités océaniques – et au delà de ce que sa prose doit à la littérature française –, le francophile Slauerhoff ac- corde une toute petite place à la France : Moi et dix autres survivants [du naufrage] avions été déposés à M…e…, le port le plus proche, nous raconte le radio irlandais avant d’ajouter plus loin : Le matin, j’étais à M…e… ; je passai la journée à arpenter le quai ; la nuit, je dormis derrière quelques caisses, me réveillai tout courbaturé, presque décidé à retourner à S… où je disposais au moins d’un lit, d’un feu de cheminée et du silence. Il n’est pas impossible que le port dont il est question soit une réplique de Marseille ; le S suivi de trois points pourrait alors être Sanary-sur-Mer. Dans le roman, le radio, malade, fauché, en proie à des hallucinations, séjourne dans un hôtel de S., y reçoit la visite « d’une femme d’autrefois ». Fin 1927, Slauerhoff, dont la santé commence à laisser à désirer, regagne l’Europe à bord de l’Angers, des Messageries Maritimes de Marseille. Dès son arrivée dans la cité phocéenne, il tombe malade ; il passera sa convalescence dans un hôtel de Sanary où la femme dont il est alors épris lui rendra visite et lui demandera de l’épouser.

    Autre élément français dans le roman : le dernier message qu’intercepte le radio avant d’être capturé par les pirates. Ce message, qui annonce un typhon, est envoyé par les jésuites de Chu Ka Wei ; il s’agit ici d’une allusion aux jésuites français établis alors au sud-ouest de Shanghai, qui disposaient d’une station météorologique, et auxquels Slauerhoff avait rendu visite.

     

    Slau19.pngVoir dans Le Royaume interdit une critique de la colonisation et du monde occidental comme certains tendent à le faire, c’est probablement aller un peu vite en besogne et amoindrir une fois de plus la dimension purement littéraire et intemporelle de l’œuvre. Dans « Portugal et Camões », article contemporain de la rédaction de son premier roman, Slauerhoff comprend le désir qui a animé les Portugais ou autres Hollandais voici plusieurs siècles, il se reconnaît même sans doute dans ces hommes en quête de lointains : « L’inconnu, précise-t-il à propos des navigateurs portugais, revêtait pour eux un attrait sans pareil, conformément à leur caractère national, fantastique et héroïque, peu tenace, peu énergique. » Et au sujet des colonisateurs hollandais de l’Insulinde : « Le combat mené par nos pionniers mérite aussi sans conteste le qualificatif d’héroïque ; mais jamais les grands faits et gestes qu’ils ont accomplis là-bas n’ont trouvé le moindre écho dans notre littérature, aucun poète majeur n’a pris part à ce combat. » Ce qui retient surtout l’attention du romancier, c’est le déclin ou la décadence (corruption, appât du gain…) qui frappe bientôt ces communautés habitées au départ par des valeurs nobles, et plus encore la coïncidence entre décadence du Portugal et écriture de l’épopée nationale Les Lusiades.

     


    slau15.pngÊtre l’un de ces millions qui n’auront jamais la conscience de leur être – quel bonheur ; et si cela est hors de portée, être l’un de ceux qui savent tout, un homme qui a tout abandonné derrière lui et qui, pourtant, survit.
     C’est sur ces phrases – où résonne dirait-on le vers de Corbière « Je voudrais être un point épousseté des masses » – que se referme Le Royaume interdit : l’homme sans nom a survécu, sa quête va se poursuivre dans La Vie sur terre (1934), deuxième et dernier roman publié du vivant de l’auteur, avant le posthume La Révolte de Guadalajara qui, initialement, devait être un troisième roman « chinois ». Dernières modulations d’une absence qui chante l’absence.

     

    Daniel Cunin

     

    Sur la tombe du poète
     

     


    slau18.pngOutre la biographie – Wim Hazeu, Slauerhoff. Een biografie, 1995 – et les quelques livres consacrés à Slauerhoff et la Chine – Arie Pos, Van verre havens. Het werk van Slauerhoff en de Chinese werkelijkheid, 1987 ; W. Blok & K. Lekkerkerker (éd.), Het China van Slauerhoff. Aantekeningen en ontwerpen voor de Cameron-romans, 1985 ; Eep Francken, Over Het verboden rijk van J. Slauerhoff, 1977 –, on peut lire la thèse de Louis Fessard écrite en français : Jan Jacob Slauerhoff (1898-1936). L’homme et l’œuvre, Paris, Nizet, 1964. Celle de H.G. Aalders, Van ellende edel. De criticus Slauerhoff over het dichterschap (2005), fournit de nombreux éléments sur l’importance qu’ont revêtu certains poètes français pour Slauerhoff et son écriture.

      

     

     

  • Michel Seuphor

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    Entretien avec l’artiste anversois

     

     

    Si le dadaïsme a été un très grand pas en avant,

    le surréalisme était un double pas en arrière.

    D’abord c’était une dictature…

    le surréalisme est devenu une hypertrophie sexuelle…

    M. Seuphor

     

     

    seuphor6.png

    Michel Seuphor, Grensverkenner van de avant-garde

    numéro thématique de la revue Zacht Lawijd, 2009

     

     

    Michel Seuphor, de son vrai nom Ferdinand Louis Berckelaers (1901-1999), évoque les revues flamandes (De Klauwaert, Roeland et Het overzicht) qu’il a créées dans sa jeunesse, l’importance qu’ont revêtu pour lui Theo van Doesburg et le mouvement de Stijl, ou encore la figure de Mondrian. Il revient aussi sur l’ouvrage Het nieuwe wereldbeeld (1915) de M.H.J. Schoenmaekers, sa rupture avec Tzara, la grande amitié qui l’a lié à Arp...

     

     

    Mémoires du siècle

     

     

    Mondrian d’après son ami Michel Seuphor

     

     

    Michel Seuphor parle de l’influence de la théosophie

    et du néoplasticisme sur l’œuvre de Mondrian

     

     

    seuphor3.png

     

     

     

  • Le traducteur amoureux (4)

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    Parole à la traduction

     

     

    Maurice Edgar Coindreau, Vialatte, Kafka, Dos Passos, traduction,

    Pablo des Santis, La Traduction

    roman traduit par René Solis, Métailié, 2004

     

     

    Sous le titre « Le traducteur amoureux », trois premières séries d’entretiens et de conférences sont proposées sur ce blog : (1), (2) & (3). En voici une quatrième. D’autres causeries avec des traducteurs figurent dans la rubrique Entretiens.

     

     

    Rencontre croisée : John Dos Passos / son traducteur Maurice Edgar Coindreau

     

    Maurice Edgar Coindreau, extrait d’un entretien avec Roger Grenier

     

    Maurice Edgar Coindreau (Le masque et la plume)

    Marcel Pagnol parle de sa traduction en vers des Bucoliques de Virgile

      

    Alexandre Vialatte à propos de Franz Kafka

     

    Alexandre Vialatte à propos des Lettres à Milena de F. Kafka

     

    Jean Michel Déprats sur sa traduction du Marchand de Venise

     

    Eugène Ionesco à propos de son livre Hugoliade traduit du roumain par Dragomir Costineanu

      

    Kenzaburo Oê à propos de son rapport à la France et de la question de la traduction

     

    Tarjei Vesaas, ou la voix d’amour de la terre et du ciel

    (entretien avec un de ses traducteurs, Régis Boyer, et Jean-François Battail)

     

    émission sur Witold Gombrowicz (son traducteur et ami Constantin Jelenski…)

      

    Pablo Neruda et sa traductrice Alice Gascar

     

    Emily Dickinson, sa vie, sa poésie et la traduction de sa poésie 

      

    Pierre-Jean Jouve, ses traductions (à partir de 43'54'')

    (intervention des traducteurs Martine Broda & Jacques Darras)

     

    Les Bijoux de la Castafiore en gallo

     

     

     

  • Amour et terre (2013)

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    Poèmes de Tom Van de Voorde

       

     

    Auteur de Vliesgevels filter (2008) et Liefde en aarde (2013), Tom Van de Voorde passe une grande partie de son temps entre Gand et Bruxelles, entre poésie et arts plastiques. Il a, au tournant du millénaire, publié une série de plaquettes de différents auteurs flamands et néerlandais. Plusieurs poèmes de Vliesgevels filter ont inspiré des vidéos à l’artiste Maartje Smits. Les trois poèmes ci-dessous sont extraits du recueil le plus récent de Tom Van de Voorde.

     

    TvdV2.png

     

     

     

    Le sens de royaume en hébreu

    me demande ma factrice

     

    je m’apprête à lui énumérer

    les pour et les contre du servage

     

    la voici qui dévale la colline

    lançant les dernières paroles d’Hadrien

     

    en vain nous les cherchons dans la Britannica

    lors de notre rencontre suivante

     

    la voici qui me montre un tas de pierres

    depuis longtemps elles attendent d’être tour.

     

     


     poème lu dans la langue originale par l’auteur

     

     

     

          Ennemis innaturels  

     

     

    Un plan en forme

    de carte

    du Kremlin 

                * 

    Une île quasi flottante,

    une mouette qui le confirme

    et de l’acier à revendre 

                 *

    Pénalistes

    contre bienséances occasionnelles

                 *

    Comme la seule et unique vérité

    qui chante une nation

    la maintenant en bonne santé 

                 *

    Milliers de câbles

    ou panier à provisions troué 

                 *

    Au-dessus des toits

    des enquêteurs comptent des journaux, des soldats

    cognant au textile des fenêtres

                 *

    informateurs, circonspects

                 *

    Dans la paume de ma main

    une liste qui dénombre des pays

    où il fait déjà jour

                 *

    et des citoyens escamotés

    qui chantent, bon gré mal gré

                 *

    exposés à nu

                 *

    et ceci, et ceci, et ceci

     

     

    TvdV0.png

     

     

    Nous plions de vieux billets, laissons

    les morts payer, fixons

     

    des tableaux, séchons des tapis

    et creusons pour trouver du sable.

     

    Quelle quantité de couleur perd

    notre habitation en vue

     

    d’accomplir une mer à la dérive ?

    Des chiens simulent des slogans

     

    et comptent les plis

    pour d’inaptes victimes mal rangées.

     

    Nous voici, en paix

    blanc de bouleau

     

    autre chose que le sérieux

    en manque sur la plage.

     

     

     

    (trad. D. Cunin)

     

     

    Tom Van de Voorde lit trois autres poèmes

     

    tom van de voorde, poésie, belgique, flandre, bruxelles, gand