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Poètes & Poèmes - Page 5

  • Amour et terre (2013)

     

     

    Poèmes de Tom Van de Voorde

       

     

    Auteur de Vliesgevels filter (2008) et Liefde en aarde (2013), Tom Van de Voorde passe une grande partie de son temps entre Gand et Bruxelles, entre poésie et arts plastiques. Il a, au tournant du millénaire, publié une série de plaquettes de différents auteurs flamands et néerlandais. Plusieurs poèmes de Vliesgevels filter ont inspiré des vidéos à l’artiste Maartje Smits. Les trois poèmes ci-dessous sont extraits du recueil le plus récent de Tom Van de Voorde.

     

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    Le sens de royaume en hébreu

    me demande ma factrice

     

    je m’apprête à lui énumérer

    les pour et les contre du servage

     

    la voici qui dévale la colline

    lançant les dernières paroles d’Hadrien

     

    en vain nous les cherchons dans la Britannica

    lors de notre rencontre suivante

     

    la voici qui me montre un tas de pierres

    depuis longtemps elles attendent d’être tour.

     

     


     poème lu dans la langue originale par l’auteur

     

     

     

          Ennemis innaturels  

     

     

    Un plan en forme

    de carte

    du Kremlin 

                * 

    Une île quasi flottante,

    une mouette qui le confirme

    et de l’acier à revendre 

                 *

    Pénalistes

    contre bienséances occasionnelles

                 *

    Comme la seule et unique vérité

    qui chante une nation

    la maintenant en bonne santé 

                 *

    Milliers de câbles

    ou panier à provisions troué 

                 *

    Au-dessus des toits

    des enquêteurs comptent des journaux, des soldats

    cognant au textile des fenêtres

                 *

    informateurs, circonspects

                 *

    Dans la paume de ma main

    une liste qui dénombre des pays

    où il fait déjà jour

                 *

    et des citoyens escamotés

    qui chantent, bon gré mal gré

                 *

    exposés à nu

                 *

    et ceci, et ceci, et ceci

     

     

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    Nous plions de vieux billets, laissons

    les morts payer, fixons

     

    des tableaux, séchons des tapis

    et creusons pour trouver du sable.

     

    Quelle quantité de couleur perd

    notre habitation en vue

     

    d’accomplir une mer à la dérive ?

    Des chiens simulent des slogans

     

    et comptent les plis

    pour d’inaptes victimes mal rangées.

     

    Nous voici, en paix

    blanc de bouleau

     

    autre chose que le sérieux

    en manque sur la plage.

     

     

     

    (trad. D. Cunin)

     

     

    Tom Van de Voorde lit trois autres poèmes

     

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  • Fado - Pour la lointaine princesse

     

     

    J. Slauerhoff à la rencontre du fado

     

     

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    Traduits en portugais par Mila Vidal Paletti, à l’initiative de José Melo (président du Círculo de Cultura Portuguesa na Holanda), des poèmes de J. Slauerhoff ont été chantés par Cristina Branco (musique : Custódio Castelo). Le CD Cristina Branco canta Slauerhoff (Harmonia Mundi, 2000, avec le poème « O Engeitado » lu par Cees Nooteboom) comprend les poèmes suivants : « De eenzamen » (Os solitários), « De ontdekker » (O descobridor), « Verlangen » (Aspiração), « Vida triste » (Vida triste), « Voor de verre prinses » (A uma princesa distante), « Fado » (Fado), « Angústia » (Angústia), « Saudade » (Saudade), « O engeitado » (O engeitado).

    En 2002, le disque a été réédité – avec trois nouveaux morceaux : « Aankomst » (Chegada), « De vrouw aan het venster » (Mulher à janela) et « O Enjeitado II » –, sous le titre O Descobridor.

    « Vida triste » est à l’origine une traduction faite par le Néerlandais d’un poème portugais. L’écrivain a séjourné à plusieurs reprises au Portugal ainsi qu’à Macao. Ses romans Le Royaume interdit et La Vie sur terre mettent en scène la figure de Camoens. Une de ses nouvelles, publiée dans le même recueil que L’amphore et encore inédite en français, s’intitule Dernière apparition de Camoens (1935).

    slauerhoff,poésie,pays-basNout Van Den Neste vient de consacrer un ouvrage à Slauerhoff et à son rapport au fado et à la saudade : Vida Triste. Slauerhoff en de fado (éd. Prominent, 2014). On peut lire une version anglaise de ce livre sous le titre : O engeitado’: The mythology of the outcast in the Portuguese poems of J. Slauerhoff: fado, saudade, Lisbon, Macau and Camões in the poetry of J. Slauerhoff (2013). Ce travail universitaire propose des traductions anglaises des poèmes chantés par Cristina Branco.

     

     

     

     

     

    A Uma Princesa Distante

     

    le même poème en version originale (sous-titres : anglais)

     


    Os solitáros (De eenzamen)

     


    O Descobridor (De ontdekker)

     

     

     

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  • Les porteurs

     

    Un poème de Peter Holvoet-Hanssen

     

     

    Le recueil poeti d’Europa, publié cet été par l’Istituto Italiano di Cultura de Paris, offre à lire deux auteurs d’expression néerlandaise : Nachoem Wijnberg  (le poème Emprunter aux Grecs, traduction française de Kim Andringa) et Les porteurs du Flamand Peter Holvoet-Hanssen. Ce dernier va donner à l’automne un nouveau roman : Zoutkrabber Expedities et publier (en collaboration) Miavoye, un livre en hommage à Paul van Ostaijen. C’est d’ailleurs à ce poète, mort de tuberculose à 32 ans, que sont dédiés les vers qui suivent.

     

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    De dragers

      

    de kist wiegt en de wolken schouderen het licht

    dat in de velden graast, een loden hemelboog

    ‘wie sterft vervloeit als verf,’ klinkt nuchter aan Gods Toog

    ‘een vader die een voorhoofd kust, mijn vergezicht’

     

    de Grote Nar die voor de zwarte toetsen zwicht

    in ʼt Land van Music-Hall, klimop spiraalt omhoog

    en op het kruis een kraai, blikt met een mensenoog

    een moeder vindt haar kind: gedichten schreef het wicht

     

    laat schouwen roken, doof geen vuur in stervensnood

    drie duiven op het puntdak horen feestgeruis

    ‘een woordenschilder tekent met een flinke poot’

     

    diep in het bos het bronwellen en windgesuis

    de oude beuk moet wachten op het bladerrood

    en niemand niemand zingt ‘we gaan nog niet naar huis’

     

    Peter Holvoet-Hanssen, 5 juin 2014

     

     

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    P. Holvoet-Hanssen sur la tombe de Paul van Ostaijen

    (photo : Koen Broucke)

     

     

    Les porteurs

     

    le cercueil bercé et sur l’épaule de ces nuages

    la lumière qui pâture les prés, une voûte gris plomb

    « quiconque meurt se dilue comme peinture », entend-on

    au Zinc de Dieu, « un père qui embrasse un front, mon horizon »

     

    le Grand Bouffon qui cède devant les touches noires

    au Pays du Music-Hall, du lierre s’élève en hélice

    et sur ​​la croix un corbeau ouvre un œil d’homme

    une mère trouve son enfant : le moutard écrit des poèmes

     

    faites fumer les foyers, n’étouffez aucun feu à l’agonie

    trois pigeons sur le toit entendent des flonflons de bastringue

    « un peintre de plume dessine d’une main bien trempée »

     

    au fond du bois jaillissement de source susurrement de vent

    il faut au vieux hêtre attendre la rouge frondaison

    et personne ne chante personne « ne sait quand reviendra »

     

     

    traduit du néerlandais par Daniel Cunin

     

     

    Présentation du recueil, avec, entres autres, Philippe Beck & William Cliff... 

     

    … et, toujours à Paris, Peter Holvoet-Hanssen en compagnie de Laurence Vielle, Vincent Tholomé & Michel Bertier

     

     

  • Un poème, un livre – Pierre Jean Jouve

     

     

    Un extrait de poème contre le grand crime (1916)

     

     

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    Belgique

     

     

    … Je suis né à proximité de ces canaux et ces nuages,

    De ces bourgs aux rues parfaitement peintes ;

    Je porte dans mon cœur rues, blés mouvants et dunes.

    J’ai l’esprit conforme à ces plaines sans défaut ;

    - Rien que des toits éclatants, çà et là, un vent fort,

    Une pensée raisonneuse pour la terre infinie.

    J’éprouve le désir des arbres vers la mer,

    J’ai le doute et le scrupule des canaux,

    Mon affection n’a de repos que sur le clair horizon.

    Je suis ton enfant – Flandre étale et grasse.

    Ne m’oublie pas, car désormais je demeure tourné vers toi –

    Et toi, Verhaeren, chanteur et vieil homme,

    Dont la force de Flamand et la pensée d’Européen

    Fraternellement sont blessées jusqu’à la mort,

    Je te fais signe et comme un de tes enfants,

    Je me range à tes côtés sans en dire davantage.

     

    P. J. Jouve 

     


    Pierre Jean Jouve, Jacques Darras, poésie, Arfuyen, Flandre, Verhaeren, Guerre 1914-1918, Suisse, GenèvePierre Jean Jouve
    (Arras 1887 – Paris 1876), a renié la première partie de son œuvre, y compris poème contre le grand crime paru à Genève en 1916 (éditions de la revue Demain) et dont seuls des passages ont été re- produits depuis. L’extrait cité ci-dessus figure, à côté d’autres (publiés avec l
    autorisation de Cathe- rine Jouve), dans la magnifique fresque poético-autobiographique de Jacques Darras, Je sors enfin du Bois de la Gruerie, Arfuyen, 2014, p. 81. 

    Le recueil pacifiste de Jouve contient quatre poèmes : « Au soldat tué », « À la Belgique », « Chant de l’Hôpital », « Tolstoy », et présente sur le titre une grande composition macabre du peintre et verrier  Edmond Bille (1878-1959), reprise en couverture. Retourné en Suisse pour raison de santé – il s’était engagé en 1914 pour servir comme infirmier à l’hôpital de Poitiers où l’on soignait des soldats atteints de maladies infectieuses –, Jouve s’affirme comme pacifiste. Poème contre le grand crime poursuit cet engagement amorcé avec Vous êtes des Hommes (1915). « Jouve s’insère dans la communauté des militants pacifistes installés en Suisse et dont Romain Rolland est considéré comme l’âme. Pendant toute la guerre, Jouve va être très actif, à la fois comme écrivain, comme journaliste et comme militant. Jouve et Romain Rolland deviennent réellement amis. Jouve continue à lire Tolstoï. Comme à Poitiers, il s’engage en tant qu’infirmier volontaire à l’hôpital pierre jean jouve,jacques darras,poésie,arfuyen,flandre,verhaeren,guerre 1914-1918,suisse,genèvemilitaire de Montana. Il est très apprécié des soldats malades pour son dévouement. Mais son activité de militant pacifiste est connue et il est interdit de présence à l’hôpital par la hiérarchie militaire. » (source).  C’est au sein de ces cercles pacifistes qu’il côtoiera le Flamand Frans Masereel, lequel illustrera plusieurs de ses livres.

    P. J. Jouve, portrait gravé par F. Masereel pour Prière, 1924

     

    Dans Romain Rolland vivant 1914-1919 (1920), Pierre Jean Jouve évoque à nouveau la Belgique et Verhaeren : « Il est à peu près établi pour lui [Romain Rolland] que le gouvernement allemand, aux premières heures de la guerre, joua le plus mauvais rôle. Le crime de la Belgique violée par le Haut Commandement et diffamée ensuite par la diplomatie, ne peut se justifier en aucun temps. Il se retourna d’ailleurs contre son auteur ; car il détermina toute une série de réalités et de fictions tendant à désigner l’Allemagne comme l’agresseur unique et le peuple criminel. Mais les crimes les plus certains et les responsabilités effectives de l’Allemagne n’innocentent pas ses adversaires. […] Quand l’Académie Suédoise laisse entrevoir (à la fin de 1915), son intention de décerner le Prix Nobel de Littérature à Romain Rolland, écrivain français, c’est un tollé dans la presse parisienne ; les injures remontent d’un ton ; on ne craint même pas de jouer du noble et bon Verhaeren, qui n’a pas cessé d’aimer et d’estimer Romain Rolland, d’injurier Rolland à l’aide de Verhaeren. On parle de ‘‘Judas et les trente deniers’’. Ce qui était, remarquons-le, aussi infamant à l’endroit de l’Académie Suédoise qu’abject à l’égard d’un des écrivains les plus désintéressés de notre littérature. La distribution du prix est différée. Mais l’année suivante (novembre 1916) le prix est réellement pierre jean jouve,jacques darras,poésie,arfuyen,flandre,verhaeren,guerre 1914-1918,suisse,genève,belgiqueoffert à Romain Rolland, et à la France la meilleure qu’il représente. Il se fait un demi-silence, par ordre ; le système de l’étouffement officiel et du boycottage commercial commence, avec des actions plus souterraines. » (p. 101 et 240-241)

     Jacques Marx, Verhaeren, biographie d’une œuvre, ARLLFB, 1996