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musique

  • Le plus jeune frère d’Etty Hillesum

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    NUNC

    n° 34

    dossier Etty Hillesum

     

     

    etty hillesum,musique,pays-bas,mischa hillesum,revue nunc

     

     

    Fondée en 2002, la revue Nunc consacre, sous la direction de Marie-Hélène du Parc Locmaria, le dossier de sa dernière livraison à la Néerlandaise Etty Hillesum, née voici un siècle et dont les écrits connaissent un vif succès dans le monde francophone. Comme les précédents, ce numéro 34 se double d’une édition de luxe, un tirage limité proposant une œuvre originale de l’artiste invité, dans le cas pré- sent François-Xavier de Boissoudy.

    etty hillesum,musique,pays-bas,mischa hillesum,revue nuncSur la base de quelques documents qui n’étaient pas encore accessibles en français, Philippe Noble – qui a donné les traductions Une vie bouleversée (1985) et Lettres de Westerbork (1988) avant de s’adjoindre la collaboration d’Isabelle Rosselin pour transposer en 2008 l’intégralité des Écrits d’Etty Hillesum – revient sur les dernières semaines des membres de la famille Hillesum.

    Ce dossier, précise l’introduction, « tire son unité d’un fil conducteur : comment Etty Hillesum donne-t-elle la parole à d’autres ? Le premier article tentera une réflexion sur l’engendrement et l’enfantement par la parole, ainsi que les raisons de l’audience d’Etty Hillesum. […] Dans sa contribution, Ingmar Granstedt […] raconte dans toutes ses nuances la conversion accomplie par Etty Hillesum dans ses relations aux autres. La lecture des œuvres de C. G. Jung a joué dans ce parcours un rôle important, comme l’explique Nadia Neri.

    « La spiritualité d’Etty Hillesum est avant tout un chemin intérieur qui se prête à des lectures multiples. Aucune n’épuise l’œuvre, mais leur faisceau nous aide à l’ouvrir en nous. Monique-Lise Cohen nous révèle le terreau juif et hassidique des écrits d’Etty Hillesum. Karima Berger nous offre une méditation sur la découverte de l’intériorité et du nom de Dieu par la jeune femme. François Marxer revient sur ce qui rapproche et ce qui sépare Etty Hillesum de R. M. Rilke qu’elle a tant aimé lire et leur façon de parler de Dieu. Un dernier article offre une lecture du parcours de la Néerlandaise à l’aune de la sentence de saint Augustin : ‘‘aime et fais ce que tu veux’’. »

    Mischa Hillesum

    etty hillesum,musique,pays-bas,mischa hillesum,revue nunc, Marie-Hélène du Parc Locmaria, François-Xavier de BoissoudyPour notre part, il nous a semblé utile de proposer, au sein de cet ensemble, un sobre compte rendu d’un ouvrage dont aucune traduction n’est annoncée dans les pays voisins de la Hollande : Jan Willem Regenhardt, Mischa’s spel en de ondergang van de familie Hillesum (Le Jeu de Mischa et la fin de la famille Hillesum), suivi d’une postface sur l’œuvre musical de Mischa Hillesum par Leo Samama, Amsterdam, Balans, 2012. Ce sont ces quelques paragraphes purement informatifs que nous reproduisons ci-dessous.

     

    M.-H. du Parc Locmaria, « Introduction », p. 25-27.

    Philippe Noble, « La fin de la famille Hillesum : Westerbork et après », p. 28-32.

    Daniel Cunin, « Au sujet de Mischa », p. 33-34.

    Laurence Brisset, « Un tout petit mot à dire », p. 35-36.

    M.-H. du Parc Locmaria, « Le souffle d’une écriture ou l’Engendrement par la parole. Etty Hillesum : pourquoi une telle audience ? », p. 37-43.

    Ingmar Granstedt, « Des relations sans fin », p. 44-52.

    Nadia Neri, « Etty Hillesum et C. G. Jung », p. 54-56 (traduit de l’italien par Anne Thielen).

    Monique-Lise Cohen, « Etty Hillesum. Chemin de prière et d’écriture (la voix et la patience) », p. 58-71.

    Karima Berger, « Intérieurs – Hineinhorchen. Fîhî mâ Fîhî », p. 73-78.

    François Marxer, « Etty Hillesum, lectrice de Rainer Maria Rilke ou les amours d’une belle infidèle », p. 80-91. 

    M.-H. du Parc Locmaria, « La loi de l’amour », p. 92-96.

     

     

    Marianne Boer joue les deux préludes de Mischa Hillesum, ses seules oeuvres

     

     

     

    Vie de Mischa et fin des Hillesum

     

     

    Etty Hillesum, musique, pays-bas, mischa hillesum, revue nunc, Le livre Le Jeu de Mischa et la fin de la famille Hillesum narre l’existence du benjamin de la famille Hillesum, Mischa, né en 1920, musicien prodige qui dès l’âge de six ans stupéfie son monde en interprétant des morceaux très difficiles au piano. L’auteur a mené des recherches sur les personnes que mentionne Etty dans son Journal ; le résultat de ce travail a été intégré dans les notes de l’édition définitive des écrits de la jeune femme. Il avait toutefois conservé de nombreux documents sur Mischa. La découverte récente de partitions du garçon l’a incité à replonger dans ses archives et à écrire cet ouvrage. On a entre les mains une biographie du musicien en herbe en même temps que le tableau de toute une famille. Ces pages viennent éclairer dans une certaine mesure celles laissées par Etty.

    Le titre renvoie à un récit célèbre de l’un des écrivains majeurs des Pays-Bas, Gerard Reve (1923-2006) : De ondergang van de familie Boslowits (La Fin des Boslowits, 1946). Cette œuvre décrit avec une grande sobriété les dernières années d’une famille juive hollandaise durant l’occupation nazie. On assiste à leur « crépuscule » à travers les yeux d’un enfant dont les parents sont liés aux Boslowits (1).

    Les Écrits d’Etty Hillesum, Le Seuil, 2008

    etty hillesum,musique,pays-bas,mischa hillesum,revue nuncUtilisant entre autres les données qu’il a pu recueillir il y a un certain nombre d’années, dont de nombreux témoignages de personnes ayant connu les Hillesum, Jan Willem Regenhardt insère dans son propos, qui suit une trame chronologique assez souple, tout ce que l’on sait sur chacun des cinq membres de la famille, des origines des parents et de leur rencontre à leur déportation (lieu et époque probables de leur mort respective). La personnalité singulière du jeune Mischa – sans doute l’un des plus grands talents pianistiques de l’Europe du XXe siècle – permet de donner corps à cette histoire. Comme les autres membres de la famille, le garçon se distinguait par un côté génial et une grande fragilité. La « folie » des cinq Hillesum constitue ainsi un fil rouge passionnant à suivre. Très cultivés, les enfants n’ont reçu de leurs parents si dissemblables l’affection ni l’attention qui auraient pu leur fournir un réel équilibre.

    Beaucoup de témoignages viennent étayer ce qu’Etty avance sur sa mère Rebecca (Riva), une femme à la fois distinguée et séduisante, mais par ailleurs incapable d’exploiter ses talents en raison d’une personnalité instable. Homme effacé, Louis, le père, est un érudit et mélomane qui se réfugie dans ses ouvrages sur l’Antiquité après avoir renoncé à une carrière de rabbin et s’être détourné de la tradition ; à la tête du lycée classique de Deventer, ce petit homme laid et timide, féru de philosophie stoïcienne, compense son manque d’assurance par le recours à une discipline de fer. Jaap, le cadet, passionné lui aussi de musique (les compositeurs les plus modernes, le jazz), semble doué pour la poésie ; il fait des études de médecine plutôt brillantes mais sombre dans des crises de schizophrénie. Pour ce qui est d’Etty, Le Jeu de Mischa revient sur ses aspirations, ses premières tentatives d’écriture, ses premières amours, les milieux politiques (sionistes et autres) qu’elle fréquente ainsi que sur ses troubles psychiques ; bien entendu, l’auteur ne se prive pas de citer des passages du Journal.

    etty hillesum,musique,pays-bas,mischa hillesum,revue nuncÀ l’âge de 11 ans, Mischa quitte Deventer et ses parents ; il est placé dans une famille juive d’Amsterdam, ville où il peut suivre une formation musicale correspondant mieux à ses dons. Mais en six ans, il ne connaîtra aucune stabilité : adresses et familles d’accueil se succèdent. Grand interprète de Chopin, il apprécie aussi beaucoup Stravinsky, Ravel et Kurt Weill, compositeurs encore peu goûtés et absents de l’enseignement au conservatoire. Le garçon écrase alors par son talent Alex Zwaap qui deviendra pourtant l’un des compositeurs hollandais les plus joués. Il fréquente un collège d’élite où il se sent bien et obtient de très bons résultats. Mais comme son frère et son père, il est lui aussi placé par périodes dans une institution psychiatrique. L’adolescent au visage d’enfant suit les cours de piano du jeune George van Renesse, reconnu comme l’un des plus grands pianistes néerlandais. Pour une raison administrative, Mischa abandonne toutefois sa scolarité. Son père souhaite le voir se consacrer plus pleinement encore au piano ; pour le reste, il entend qu’il suive des cours privés.

    Mischa & Etty au piano, 1935

    etty hillesum,musique,pays-bas,mischa hillesum,revue nuncGeorge van Renesse et Mischa deviennent très proches l’un de l’autre, mais le professeur ne peut guère apprendre grand-chose à son élève tant ce dernier est doué. À peine âgé de 14 ans, le benjamin des Hillesum donne son premier grand concert : son talent est reconnu par les plus grands spécialistes et des compositeurs renommés. Quand, un jour de 1938, il se produit à Amsterdam, son jeu impressionne une nouvelle fois l’assistance, mais tout le public a pu remarquer qu’il était totalement perdu dans son monde : on est obligé de l’asseoir devant le piano car, totalement désorienté, il ne sait pas ce qu’il fait sur la scène. Depuis son départ du collège, il ne connaît aucune stabilité. À peine sorti de l’enfance, il a probablement été troublé par l’affection que lui a portée une femme bien plus âgée que lui et qui l’a déniaisé. Malgré le succès que le beau garçon recueille auprès de la gent féminine, il restera toujours attaché à cette « protectrice » chez qui il demeure. Peu après le concert de 1938, Mischa est interné dans un hôpital psychiatrique juif qui accueille alors 900 patients, un véritable village où la thérapie par le travail et la religion prévaut – pour l’adolescent une première expérience dans un cadre dominé par la tradition juive.

    encre de F.-X. de Boissoudy

    etty hillesum,musique,pays-bas,mischa hillesum,revue nuncSi Etty a pu garder un certain contrôle sur ses défaillances psychiques, il n’en est pas allé de même de ses frères. Mischa ne faisait qu’un avec son piano, il perdait tout contact avec la réalité, en particulier lorsqu’il se produisait dans un cadre solennel. Raison pour laquelle il n’obtiendra pas de bourse pour étudier à l’école Normale de Musique de Paris fondée en 1919 par Cortot alors même qu’aucun concurrent ne lui arrivait à la cheville. Mischa passe une année dans le service psychiatrique, subissant un traitement lourd car il a souvent un comportement imprévisible ; il se dit lui-même schizophrène. Il retourne ensuite vivre à Deventer chez ses parents où l’harmonie est loin de régner.

    Etty Hillesum, musique, pays-bas, mischa hillesum, revue nunc, Pendant l’occupation du pays par les nazis, Louis Hillesum perd les fonctions qu’il occupait. Plusieurs personnes tentent de le convaincre de se cacher, mais il refuse. Cet homme qui n’a rien d’un Don Juan a alors une liaison passionnée avec une femme beaucoup plus jeune que lui, une de ses anciennes collègues. Fin 1942, les Allemands forcent la famille à quitter le domicile de Deventer ; comme la plupart des juifs de province, on leur attribue bientôt une adresse à Amsterdam. Là, Mischa et sa sœur, par exemple à l’occasion de concerts privés clandestins, côtoient de nombreux artistes juifs qui ont fui l’Allemagne. En juin 1943, Louis, Riva et Mischa font partie d’une grande rafle et sont conduits à Westerbork où Etty travaille. Malgré d’ultimes tentatives, ils n’échapperont pas à la déportation. Certains ont essayé d’obtenir la libération de Mischa (et de ses proches) en mettant en avant son talent hors du commun. Mais il semble que les démarches entreprises par sa mère aient fortement déplu à des militaires allemands de haut rang. Jaap est pour sa part arrêté quelques semaines plus tard. L’auteur décrit la fin probable que chacun a connue. Peu après son arrivée à Auschwitz, Mischa a été transporté à Varsovie pour aider à déblayer les ruines du ghetto. C’est là qu’il meurt.

    Ce récit bien écrit est suivi (p. 273-284) d’un essai du compositeur Leo Samana sur les œuvres laissées par Mischa (dont un enregistrement) qui font l’objet du CD qui accompagne le livre.

    L’ouvrage se referme sur des remerciements, les notes (p. 287-315), la mention des sources (p. 316-320) et un index des noms (p. 321-326).

     

    Daniel Cunin

     

     

    (1) Il existe une traduction française de ce texte : Gerard Reve, « La fin des Boslowits », traduction de Liliane Wouters, in Nouvelles néerlandaises des Flandres et des Pays-Bas, préface de Victor E. van Vriesland, Paris, Seghers, 1965, p. 258-277.

     

     

    documentaire (en néerlandais) sur Mischa Hillesum

    avec la participation de son biographe

     


    Etty Hillesum : Le Journal d'une âme, de Claire Jeanteur

      

     

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    autre documentaire

    L'amour comme seule solution. Etty Hillesum

     

     

  • Intermède Antoine Busnois

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    Antoine Busnois 

    Missa L'homme armé 1

     






     

     

    Antoine Busnois (ou Busnoys, en réalité Anthoine De Busne) compositeur et poète franco-flamand à la Cour de Bourgogne, né vers 1433 près de Béthune, mort avant le 6 novembre 1492 à Bruges.

    Contemporain d’Ockeghem, il s’est principalement consacré à la chanson : on a de lui plus de 70 chansons et seulement 9 motets, 4 Magnificat, 2 messes basées sur le thème de « L’homme armé », et des pièces isolées de messes. Parmi ses chansons, on compte 29 rondeaux, des bergerettes (dont le 3 voix domine).

    Il rencontre Jean Molinet avec qui il va jouer avec des mots et des expressions à double sens. Il est la principale figure de la fin de l'école bourguignonne après la mort de Guillaume Dufay. (suite)

     

    Busnois.png

     

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  • Intermède Jan Zwart (1)

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    Jan Zwart

    Fantaisie et fugue psaume 72

     

     

     

    Orgue : Arjan van Hees

     

    Grande figure de l'orgue aux Pays-Bas, Jan Zwart (1877-1937) a contribué par ses ouvrages historiques, ses compositions et les pièces qu'il a jouées à la radio à faire connaître son instrument auprès d'un large public. Grâce à lui, l'oeuvre de Jan Pieterszoon Sweelinck a connu un vif regain d'intérêt.

     

     

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  • Intermède Louis Andriessen (1)

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    Louis Andriessen

    Image de Moreau

     

     

    Nada Kolundzija, piano


     

    Compositeur hollandais né en 1939 à Utrecht, Louis Andriessen fait ses premiers essais de composition auprès de son père, le compositeur Hendrik Andriessen. Il poursuit ses études avec Kees van Baren, au Conservatoire Royal de La Haye où il obtient le premier prix de composition, puis avec Luciano Berio à Milan et à Berlin. De retour en Hollande, il s’affirme rapidement comme une figure majeure de la musique de son pays tant par ses compositions que par l’interprétation de ses propres œuvres et de celles d’autres compositeurs. Engagé socialement, enseignant la composition au Conservatoire Royal, il contribue à un profond renouvellement de la musique hollandaise. Après avoir expérimenté le sérialisme, la musique d’Andriessen s’est détachée de l’avant-garde des années 1950, pour se référer plutôt au jazz, à Stravinsky – son grand modèle –, au travail rythmique des répétitifs américains, et retrouver une harmonie consonante ou polytonale. (suite)

     

     

     

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  • Intermède Jan Blockx

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    Jan Blockx (1851-1912)

    Danse flamande

    (danse V de la suite Vlaamsche dansen)

     

     

    BRT Philharmonic Orchestra, Brussels, Alexander Rahbari

     

    Jan Blockx

     

    Il vient de mourir à Anvers un grand musicien belge, reconnu depuis la mort de Peter Benoît, comme le chef de l’école flamande. Si Benoît s’était spécialisé dans la cantate lyrique, Jan Blockx avait trouvé sa voie dans la musique dramatique pour laquelle il était particulièrement inspiré, car à côté de quelques pages symphoniques et vocales d’un intérêt plutôt secondaire, il laisse notamment trois opéras qui, pour ne pas être des chefs-d’œuvre, révèlent néan- moins des qualités de premier ordre.

    Tout le monde se souvient de la saison théâtrale qui fut marquée par le succès, à Bruxelles, de la Princesse d’Auberge. La pièce était d’une facture sérieuse, alliant avec un certain bonheur le procédé du leitmotiv à une inspiration mélodique foncièrement populaire. Il y avait notamment un « clou » qui fit courir tout Bruxelles : c’était un cortège de carnaval, avec chants et danses, sur la Grand’Place de Bruxelles. Ce fut un succès prodigieux et cette œuvre du terroir, qui fut jouée sur les principales scènes de Belgique, et même à l’étranger, fut considérée comme une première révélation de l’âme belge.

    Bernard Tokkie*

    PhotoBernardTokkie.jpgCe fut, en tout cas, le premier succès d’un musicien belge à la scène, quoiqu’on eût déjà applaudi, du même auteur, le ballet de Milenka, où une danse flamande, au rythme lourd des sabots, était d’un réel effet pittoresque. Il eut alors (c’était en 1900, je crois) un réel engouement, car le mieux – ou le pis – c’est que tout cela était bien agencé, était d’une bonne écriture musicale, et avait de quoi satisfaire à la fois le public et les artistes.

    On voulut faire mieux encore, et l’on songea à mettre sur la scène une grande farce lyrique. Qui pouvait mieux incarner la vieille gaîté flamande que le personnage épique d’Uylenspiegel ? On eut tort de ne pas observer que ce sujet se prêtait mal à la scène, et malgré la valeur de la partition dont le premier acte était admirablement traité, malgré les multiples retouches et la suppression des scènes faibles, l’œuvre dut être abandonnée après quelques repré- sentations.

    Mais Jean Bockx prenait sa revanche l’année suivante avec la Fiancée de la Mer dont le libretto, de même que Herberg Prinses, était dû à Nestor de Tière, un spécialiste de ces mélodrames épiques, qui sait allier la farce populaire au sentiment poétique. Pourtant, ici, le librettiste fut moins heureux : sur une donnée rappelant de trop près le Vaisseau Fantôme, il mit en scène de grasses plaisanteries, émaillées de sentences prudhommesques et d’épisodes d’un comique déplorable.

    L’œuvre avait des allures de drame musical, et pourtant elle déplaisait par ses vulgarités, semblait flatter le goût populaire pour les trivialités et faisait descendre le drame lyrique des hauteurs où Wagner l’avait placé. Mais la partition contenait de grandes et sérieuses beautés. Le prélude du IIe acte, une page symphonique de grande allure, où les objurgations du père se mêlaient aux voix suppliantes de la mère et de la jeune fille ; la scène de la Procession, avec son cantique d’un caractère profondément inspiré ; d’autres épisodes encore, émouvants ou pitto- resques, révélaient un musicien d’un talent supérieur.

    L’hiver dernier fut encore joué à Anvers l’opéra intitulé Liefdelied. Nous n’en dirons rien, n’ayant point eu l’occasion de l’entendre. On en a fait de grands éloges.

    Jan Blockx

    PhotoJanBlockx.pngJan Blockx meurt à 61 ans. Il était depuis la mort de Peter Benoît, directeur du Conservatoire d’Anvers. – On peut dire que son exemple a été à la fois heureux et funeste pour les compositeurs belges, car si son œuvre fut d’une couleur locale parfois très savoureuse, elle a aussi montré les dangers du folklore et l’insuffisance de celui-ci à produire une œuvre géniale, universelle et durable. L’opéra liégeois de Dupuis a montré que cette voie n’était pas toujours bonne à suivre, et le jeune compositeur a appris à ses dépens qu’il ne suffit pas de placer un cramignon dans un opéra pour lui donner la couleur locale et faire une œuvre d’art.

    Si Peter Benoît fut véritablement le Rubens de la musique par son allure robuste et massive, Jan Blockx en fut peut-être le Teniers ou le Jordaens. Il mit à la scène avec un certain bonheur, la vie flamande populaire, et bien que mal servi par ses « paroliers », il réussit à tirer un excellent parti de ses livrets, où abondaient la force grossière et les vulgarités du mélo.

    Mais peut-être, tout cela constitue-t-il le goût littéraire et dramatique flamand ? Il ne faut pas oublier que Jan Blockx, comme Peter Benoît son maître, prétendit avant tout rester flamand. Ceux qui en douteraient reliront la proclamation du Bourgmestre d’Anvers, que je reproduis in extenso :

    « Notre talentueux concitoyen, le maître flamand Jan Blockx, directeur du Conservatoire royal flamand, créateur de tant d’œuvres musicales, est mort dimanche. Des funérailles publiques témoigneront du deuil qui frappe la ville et tout le pays flamand par suite du décès de l’artiste dont la gloire vivra dans ses œuvres. »

     

    V. Hallut

    Le Thyrse, T. 13, 1911-1912,

    5 juin 1912, p. 361-362

     

    * Tout à la fois juif et flamingant, le chanteur d’opéra Bernard Tokkie interpréta la chanson Ons Vaderland (Notre patrie) de Jan Blockx, lors de la manifestation flamande interdite à Bruxelles en 1897. Il chanta aussi dans l’opéra Bruid der Zee (La Fiancée de la mer).

     

     

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