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Auteurs flamands - Page 14

  • Belladonna

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    Scènes de la vie de Province

    un roman de Hugo Claus


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    « Dans une traduction ébouriffante d’Alain van Crugten, qui a encore perfectionné la virtuosité qu’il avait démontrée dans sa version du Chagrin des Belges. Un grand coup de chapeau à ce passeur surdoué : c’est que Belladonna pose au moins autant de problèmes que le magnum opus de son auteur, par son invention verbale et son subtil réseau d’allusions. Mais apparemment, Van Crugten se joue de ces défis : ils sont autant de stimulants à son intarissable inventivité. Mertens, lorsqu’il paraîtra en néerlandais, ne demeurera pas en reste : Ernst van Altena, le meilleur traducteur des Pays-Bas, l’homme que Brel considérait comme son frère en poésie, s’est déjà lancé dans sa version d’Une paix royale.

    Belladonna est, avant tout, un immense éclat de rire, une plaisanterie qui, pour être longue, n’en est pas moins la meilleure de son auteur. On savait que Claus avait l’humour carnassier, mais il ne l’exerça jamais avec autant d’exubérance qu’ici. Belladonna est le pendant sarcastique d’un livre précédent, Une douce destruction, qui, dans sa description du milieu culturel flamand, n’avait pas réussi pleinement à trouver son ton. Ici, Claus met en plein dans le mille de bout en bout. » (Jacques De Decker, « Le roman du bas-art », Le Soir, 20/09/1995)

     

     

    Quatrième de couverture

     

    Parce qu’il aime vraiment les arts, Hugo Claus n’est pas tendre avec ceux qui font semblant : les snobs, les hypocrites, les imposteurs, les fonctionnaires de l’art, profiteurs du « patrimoine », chasseurs de subventions en tout genre, et tous les autres acteurs de cette comédie de notre temps qu’est la comédie culturelle.

    Hugo Claus, Belladonna, roman, Alain van Crugten, édition de falloisBelladonna réunit quelques- uns de ces acteurs. Pour obtenir l’appui du Ministère, quelle meilleure idée que de consacrer un film à une gloire nationale ? Ce sera donc ici, puisque nous sommes en Flandre, la vie de Peter Breughel l’Ancien, peintre célèbre du XVIe siècle, grand parmi les grands, et flamand de la tête aux pieds.

    C’est l’occasion pour Hugo Claus de nous faire entrer dans les coulisses – pour ne pas dire la cuisine – du cinéma, un petit monde qu’il connaît bien. Avec un rire vengeur et ravageur il cingle tous ces fantoches, acteurs, metteurs en scène, politiciens ignares, roublards et bavards, financiers sans argent, scénaristes sans idées, critiques sans talent, dignes émules des bossus et des aveugles qui traversent les toiles de Breughel.


    Interview de l'écrivain flamand Hugo CLAUS qui avec humour, tente de définir son activité artistique très variée


     

    Avant-propos de Louis Parrain

     

    « Considéré comme le plus grand écrivain actuel de langue néerlandaise, Hugo Claus n’en est pas moins l’ ‘‘enfant terrible’’ des lettres flamandes. Né en 1929 à Bruges d’un père imprimeur, Hugo Claus passa les dix premières années de sa vie chez les bonnes sœurs (épisode dont on trouve la trace dans son roman le plus connu, Le Chagrin des Belges), et ne rentra dans ses foyers qu’à l’âge de onze ans pour s’en échapper quatre ans plus tard : ‘‘Je suis parti avec une amie de ma mère. À l’époque, je me faisais entretenir par des dames riches.’’ Puis, lassé du rôle de gigolo, il se fit embaucher dans les sucreries de Chevrière, pour la récolte des betteraves : ‘‘Alors, j’ai eu une étrange lueur, comme une vocation. Je ne travaillerais plus, je ne recevrais plus d’ordres. Je préférerais devenir la dernière des loques humaines plutôt que de travailler.’’ Il alla à Paris, fit partie du groupe d’art expérimental Cobra (Copenhague-Bruxelles-Amsterdam) avec Pierre Alechinsky et Karel Appel, et écrivit en trois semaines La Chasse aux canards. Sur manuscrit, le roman reçut le prix Léon Kryn, le Goncourt belge. Et c’est le début d’activités prodigieuses. Traducteur, scénariste, poète, metteur en scène de théâtre et de cinéma, Hugo Claus a choisi de s’installer dans le Vaucluse, naviguant entre Anvers et son refuge, passant six mois tantôt ici, tantôt là, et se définissant comme un ‘‘retraité immigré’’ : hugo claus,belladonna,roman,alain van crugten,édition de fallois‘‘L’important, c’est de ne pas vivre en Belgique, car j’y suis trop près de ma nature flamande : une combinaison de goinfrerie et de mysticisme. Et puis, c’est un pays trop étriqué. La religion catholique envahit tout.’’

    Esprit non conformiste, nourri de Chateaubriand, de Cingria, d’Albert Cohen et de Valéry, Hugo Claus cultive l’ambiguïté : celle d’être tout à la fois un mandarin et un autodidacte amoureux de la France et qui se moque de la propension hexagonale à l’exégèse et à la grandiloquence – ‘‘Comme si Chateaubriand avait vaincu Stendhal’’ – ; un auteur préoccupé de recherches formelles et un écrivain engagé, qui croit cependant que la seule attitude politique possible est l’anarchisme total ; un nomade (il a vécu à Amsterdam, en Italie, à Hong-Kong) et un chroniqueur de la Belgique, qu’il décrit comme une province exotique, avec son état d’esprit ‘‘mesquino-flamand’’, ses guerres picrocholines, ses sociétés secrètes.

    Scènes de la vie de province, Belladonna, en dépit de l’hommage flaubertien, est une fresque ubuesque, où Les Âmes mortes de Gogol sont convoquées au détour d’une page pour présider à ce banquet où l’argent, la stupidité et le sexe dansent leur sarabande de mort autour du fantôme de Breughel l’Ancien. Née de l’expérience cinématographique que fit Hugo Claus en 1982 avec le tournage de son film Le Lion des Flandres, film historique sur la bataille des Éperons d’or en 1302 (l’armée française y fut vaincue par les Flamands), Belladonna conte l’élaboration d’un film sur Breughel l’Ancien, commandé par une commission culturelle.

    Hugo Claus, jeune

    hugo claus,belladonna,roman,alain van crugten,édition de falloisÉcrit par un poète devenu conservateur d’un petit musée d’art contemporain, le scénario est revu par un touche-à-tout, puis proposé pour remaniement à des Anglais, avant d’être remis entre les mains d’un écrivain populiste qui se veut au-dessus de la mêlée, mais meurt de dépit de n’avoir pas obtenu le prix Michelin de la ville de Termonde. Ajoutons à cela un acteur parasite, une nymphomane, un ministre sous Valium, un producteur omniscient, quelques ratés, une foule de cabotins, et nous avons un tableau à la James Ensor où Axel Le Sourt, le poète obèse, promène sur des masques grimaçants son regard désenchanté. La belladone, plante vénéneuse a baies noires, est aussi un liquide que les belles dames se mettent dans les yeux pour mieux voir, au risque d’en être aveuglées : ‘‘Je ne me réjouis, disait Céline, que dans le grotesque aux confins de la Mort. Tout le reste est vain.’’ »

     

     

  • Le peintre et auteur flamand Frans de Geetere

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     Chaland nonchalant

     


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    Frans de Geetere, à bord de sa péniche (photo Agence Meurisse, source gallica.fr)


    L’émission « Ouvrir les yeux : les inattendus de la vie quotidienne » (réalisation Jacques Busnel) va à la rencontre de Frans de Geetere qui a passé la moitié de sa vie sur une péniche à Paris avec sa compagne May den Engelsen : « Un peintre flamand, installé dans une péniche près du Pont Neuf à Paris, fabrique des cerfs-volants en forme de soucoupes volantes. Frans de Geyter (?) nous explique comment il les fabrique puis sa vie dans sa péniche. » Où il est entre autres question de Blaise Cendrars, de Simenon, mais bien peu de gravures érotiques, genre dans lequel l'artiste et sa femme excellaient. Diffusé le 24 août 1969, ce programme a semble-t-il été tourné peu avant la mort du peintre qui nous dit avoir 72 ans.

    EekhoudGeetere.pngAprès avoir vécu à Utrecht, Frans de Geetere s'établit en France où il publiera plusieurs ouvrages (à compte d’auteur), les romans Les Malmenés (1964) et Ton nom en lettres blanches (1961) ainsi que le volume de souvenirs L’Homme qui oublia de mourir (1962), traduit en néerlandais sous le titre De man die vergat te sterven (traduction et postface Roland Fagel, Utrecht, IJzer, 2008). Tout comme May, Frans a illustré plusieurs ouvrages dont Les Chants de Maldoror de Lautréamont (1927), les Lettres d'un satyre de Rémy de Gourmont (1926) - il était l'ami de Jean de Gourmont - et Mes Communions de Georges Eekhoud (1925).




    The artist Frans de Geetere was born François Joseph Jean de Geetere in Oudergem, a suburb of Brussels. Frans de Geetere studied at the Beaux-Arts in Brussels, but rebelled against the academic teaching there. With his partner, the painter May den Engelsen, Frans de Geetere sailed a barge from Brussels to Paris, where they moored by the Quai de Conti by the Pont Neuf and lived a Bohemian lifestyle.

    Volupté

    frans de geetere,paris,flandre,peinture,littérature,céline de potterDe Geetere and den Engelsen were intimate with Harry and Caresse Crosby in the late 1920s; Harry wrote to his mother, "If it is possible for two people to be in love with two people then we are in love with them." Harry Crosby shot himself after the Wall Street Crash in 1929. Frans de Geetere had an exhibition the following year at the Galerie de la Plume d’Or, introduced by the art critic André Warnod. But that was, essentially the end of his career. The chief influence on Frans de Geetere’s work was the Belgian Symbolists, particularly Fernand Khnopff. The etchings of Frans de Geetere are sombre and disquieting, infused with a miasma of conflicted sexuality and existential dread. His art now feels very modern, resonating, for instance, with both that of Paula Rego and that of Jake and Dinos Chapman. In his own lifetime Frans de Geetere fell so far out of favour that he titled a volume of lightly-fictionalised memoirs, self-published from his barge the Marie-Jeanne, L’homme qui oublia de mourir - The man who forgot to die. There was an exhibition of Frans de Geetere’s art at the Centraal Museum, Utrecht in 2007, and a new book on the artist by Jan Juffermans. See: Jan Juffermans, Frans de Geetere, 2006. (source : ici)


     

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    Illustration pour Les Chants de Maldoror


     

    On consultera Céline De Potter, « Les illustrateurs belges en France de 1919 à 1939 : Jean de Bosschère, Frans Masereel, Frans De Geetere, Luc Lafnet. Pratiques et réseaux », Le livre & l’estampe, LV, n° 171, 2009, p. 155-183.

    En néerlandais : Jan Juffermans, Frans de Geetere – een opvallende passant in de Utrechtse kunstwereld, Stichting Stichtse Publicaties Kunst en Cultuur,  2006.

     


     

    Frans de Geetere, Paris, Flandre, peinture, littérature, Céline De Potter




  • Bart Moeyaert sur les planches

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    Le Théâtre des Trois Clous met en scène Oreille d'homme

     

     

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    spectacle tout public à partir de 9 ans

     

     

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    Oreille d’homme ou comment on a failli tuer Stina est un spectacle adapté du roman éponyme de l’auteur flamand Bart Moeyaert (trad. D. Cunin, Le Rouergue, 2006). Dans l’ambiance plombée d’un repas de famille, trois enfants se retrouvent ensemble : la narratrice, son cousin Nisse et leur cousine Stina « la pâlotte ». Il se passe des choses autour d’eux, ils entendent des paroles d’adultes dont le sens leur échappe. Ils entendent des mots qui claquent, des silences qu’ils ne comprennent pas. Les parents n’ont pas toujours les mots pour expliquer les choses aux enfants « et puis de toute façon ils sont trop jeunes ».

    couvoreilled'homme.pngBart Moeyaert raconte comment des enfants, dans leur jeu de papa et maman, mettent en scène des violences et humiliations liées à leurs expériences, leur héritage familial et leur vision du monde adulte en allant jusqu’à franchir les limites du jeu. Ses romans proposent de partager un univers autour de la famille, et mettent des jeunes en interaction avec le monde des adultes. L’auteur a voulu que son récit Oreille d’homme soit « miroir du monde des jeunes, et miroir du monde des adultes […] Je suis resté à l’époque où je trouvais que tout était difficile, quand j’avais douze ans, et encore vingt ans, trente ans […] même si la jeunesse est en même temps le plus beau temps de la vie, où tout est possible, où on peut choisir ce qu’on veut. À vingt ans, on est tourné vers le futur, alors que dans l’enfance, on est plus tourné vers la découverte, ce qui inclut douleur et tristesse ».


    Création le 30 avril 2013 à l’Espace Malraux / Scène Régionale de Touraine 
- Joué-lès-Tours

    Mise en scène : Geneviève Thomas

    Jeu : Steve Brohon, Lucie Thomas

    Musique et Jeu : Olivier Bosseron [égü]

    Voix d’enfants : Louise Gonin-Neveu, Arthur Latapie

    Création et régie lumière : Jean-Raphaël Schmitt

    Décorateur : Luc Boissinot

    Costumes : Pauline Legros

    Affiche : Dorothy-Shoes

    Communication et Diffusion : Elsa Maupeu

     

    Théâtre des Trois Clous

    44 rue Louis Blanc

    37000 Tours

     

     

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     Introspection as a state of motion

     Bart Moeyaert sur les planches (en anglais)



  • « Francis Jammes » de Paul van Ostaijen

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    « Jammes est riche comme est riche un coquelicot »

     P.v.O.

     

     

    En 1918, l’Anversois Paul van Ostaijen (1896-1928) retient dans son recueil Het sienjaal (Le Signal) un poème intitulé « Francis Jammes ». Maurice Carême en a donné une traduction dans son anthologie Les Étoiles de la poésie de Flandre. Guido Gezelle, Karel van de Woestijne, Jan van Nijlen, Paul van Ostaijen (Bruxelles, La Renaissance du Livre, 1973, p. 183). On remarque que le Wallon a recherché la rime, absente de l’original. Ce qui l’amène à renoncer à certains mots (gelukkig = heureux, vers 1 ; nieuwe = nouveau, vers 5…), mais aussi à garder deux fois le « tu » du premier vers (le gij flamand) là où Van Ostaijen parle de Jammes à la troisième personne.

    Dans la bibliothèque du poète avant-gardiste mort de tuberculose, on a retrouvé deux recueils du Béarnais : De l’Angélus de l’aube à l’Angelus du soir (sixième édition, Mercure de France, Paris, 1911) et Feuilles dans le vent (Mercure de France, Paris, 1913).

     

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    FRANCIS JAMMES

     

     

    Zo goed zijt gij als Jozef, gelukkig om het voedstervaderschap;

    toen schiepen de eenvoudigste liederen stemmen hen te zingen.

      

    D’Assisen ging tot de vogelen, d’eenvoudigste wijze van geloof.

    Dauw van de helderste morgen was hun beider kinderlijke woord.

     

    Jammes heeft een dorp gemaakt met nieuwe burgers:

    de steen, de ezel en de hond van den kantonnier. Dit is het dorp van Francis Jammes.

     

    In zijn lichte woning is hij een huis met veel meer licht;

    de helderheid van de beek en de diepte van de leeuwerikwijs.

     

    De avond is de eenvoud van een gelukkige glimworm,

    de avond van Francis Jammes; gemme, warm juweel van God.

     

     

      

     

    FRANCIS JAMMES

     

     

    Tu es aussi bon que l’était Joseph, le nourricier ;

    lors, les plus simples chants créaient des voix pour les chanter.

     

    Saint François allait aux oiseaux, simple façon de croire.

    La rosée du matin était pour eux mot ingénu à boire.

     

    Jammes, tu fis un village avec d’étranges habitants –

    la pierre, l’âne, le chien du cantonnier – un village étonnant.

     

    Dans ta maison, tu es comme une maison de lumière,

    tu es la ferveur de l’alouette, le ciel de la rivière.

     

    Le soir a la simplicité d’un ver luisant heureux,

    le soir de Francis Jammes, pierre précieuse de Dieu.

     

    trad. Maurice Carême

     

     

     

    Francis Jammes, Paul van Ostaijen, poésie, Flandre, traduction, Maurice Carême

    F. Jammes, Mémoires, préf. Monique Parent, Orthez, Gascogne, 2003

     

     

     

  • Les Van Eyck

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    Un poème de Verhaeren

     

     

    Van Eyck, Verhaeren, Flandre, poésieÉmile Verhaeren a laissé bien des pages sur sa Flandre natale. Dans le recueil Les Héros (1908), qui appartient à la série Toute la Flandre, il en loue la nature et quelques grandes figures, dont les frères Van Eyck. Les lecteurs de La Belgique Artistique & Littéraire avaient pu découvrir ce poème dès juin 1907. L’auteur l’a d’ailleurs repris, en même temps que le poème « Rubens », dans Parmi les Cendres. La Belgique dévastée (1916), livre-hommage à son pays meurtri par la guerre.

     

     

    LES VAN EYCK

     

     

    L’or migrateur qui passe où s’exalte la force

    Avait choisi jadis, en son vol arrogant,

    Pour double colombier glorieux, Bruge et Gand,

    Dont les beffrois dressaient, au grand soleil, leurs torses.

     

    Les deux cités dardaient un pouvoir inégal,

    Mais un égal orgueil vers l’avenir splendide,

    Comme les deux Van Eyck – vastes cerveaux candides –

    Dressaient d’un double effort leur art théologal.

     

    Ce dont l’âme rêvait devant les tabernacles,

    Ce que la foi montrait de ciel aux yeux humains,

    Ils l’ordonnaient, patiemment, avec leurs mains,

    Pour que leur œuvre fût comme un calme miracle.

     

    La claire vision des paradis nouveaux,

    Ils l’évoquaient en un tranquille paysage ;

    Ils le peuplaient de beaux et solennels visages

    Tournés vers la splendeur et la paix de l’agneau.

     

    Les douces fleurs poussaient dans le tapis de l’herbe ;

    De petits bois montaient, naïfs et recueillis :

    C’était la Flandre, avec ses prés et ses taillis,

    En un cercle de toits et de clochers superbes.

     

    Au milieu, sur un tertre ornementé, l’autel.

    Le Dieu y répandait son sang dans le calice

    Et s’entourait des signes noirs de son supplice :

    Lance, colonne, croix et l’éponge de fiel.

     

    Et vers ce deuil offert comme un banquet de fête

    À la faim de l’extase, à la soif de la foi,

    Les martyrs, les héros, les cent vierges, les rois,

    Les ermites, les paladins et les prophètes,

      

    Toute l’humanité des temps chrétiens marchait.

    Ils arrivaient du fond miraculeux des âges,

    Ayant cueilli la palme aux chemins du voyage,

    Et sur leurs fronts brillaient les feux du Paraclet,

     

    Et tout en haut, régnaient dans l’or du polyptyque,

    Dieu le Père, Marie et Jean le précurseur,

    Traçant, dévotement, avec calme et douceur,

    De lents gestes sacrés, puissants et didactiques.

     

    Et les anges chantaient dans l’air chaste et pieux,

    Tandis qu’Ève et qu’Adam, debout chacun dans l’ombre,

    Sentaient peser sur eux leur faute ardente et sombre,

    Dont le rachat se célébrait devant leurs yeux.

     

    Ainsi la claire et tendre et divine légende

    Avec ses fleurs de sang, d’ardeur et de piété,

    Déroulait son humaine et divine beauté

    Parmi les prés, les bois, les ravins et les landes.

     

    Comme un grand livre peint et largement ouvert,

    Elle enfermait, en ses pages claires ou blondes

    Et dans ses textes d’or quatre mille ans du monde :

    Tout le rêve de l’homme en proie à l’univers.

     

    L’œuvre dardait dans l’art une clarté suprême,

    Comme celle du Dante à Florence, là-bas,

    Mais cette fois deux noms flamands brillaient, au bas

    De l’ascétique et pur et merveilleux poème.

     

     

    Émile Verhaeren


     

     


    la voix d'Émile Verhaeren

     

     

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